Mutiny On The Bounty – ‘Digital Tropics’

Album / Deaf Rock / 25.09.2015
Math rock

L’Espace Schengen n’aura pas ouvert si grand les portes, dans les esprits notamment. Sinon, pas de doute que Mutiny On The Bounty, qui creuse depuis maintenant onze ans, aurait déjà fait son trou en France. En passant par plusieurs changements de line up qui ne lui ont pas forcément facilité la tâche, le combo luxembourgeois a finalement fait valser les frontières de lui-même, à la force de ses rythmiques, de sa souplesse guitaristique, et surtout de plusieurs centaines de concerts qui en ont fait un véritable outsider du Vieux Continent. Demandez à ceux qui l’ont croisé au dernier Primavera Sound Festival : peu de chance qu’ils contredisent l’efficacité acquise par ce groupe qui, tout au long de son parcours, a non seulement appris de ses erreurs mais aussi des nombreux collègues côtoyés sur la route, pour finalement passer un cap déterminant avec ce ‘Digital Tropics’ le propulsant ni plus ni moins au sein du gotha européen.

Bien assis sur sa solide réputation de groupe live, Mutiny On The Bounty pousse un peu plus loin ce qu’on entrevoyait fortement déjà avec ‘Trials’ en 2012. Plus que jamais conscient de son potentiel, fort d’une maîtrise qui lui permet aujourd’hui (presque) tout, et en évitant constamment le piège béant de la surenchère, il expose maintenant au grand jour sa pleine maturité, confirmée par trois caractéristiques qui ne trompent pas: l’abandon total du chant, une diversité inédite chez lui puisque des pointes d’electro ou de hip hop se joignent aussi à la fête, et une technique belle et bien là, mais devenue plus discrète, les réflexes de guitare-héros laissant maintenant place à plus d’émotion et de mélodies (‘Countach’, ‘Fin de Siècle’).

Pourtant, il y aura encore assurément quelques vieux bougons qui ne manqueront pas de souligner la forte influence de Battles (‘Telekinesis’, ‘Ballet Mécanique’) et Electric Electric (‘dance AUTOMATON dance’) sur son registre math rock. Si Mutiny On The Bounty ne les renie pas (au contraire !), il tente de trouver sa place à leur côté, en faisant parfaitement usage d’une basse que eux n’ont pas, en se montrant plus direct, plus mélodique, et moins cérébral que les new yorkais, mais aussi plus souple que ses voisins strasbourgeois grâce à un groove implacable. Et quand ils s’éloignent plus concrètement du chemin que ces deux aînés ont contribué à tracer, les luxembourgeois foncent plein feux vers un avenir qui leur tend les bras, ou ils ne seront peut-être pas les premiers arrivés, mais où on les attendra néanmoins armé de bouchons d’oreille, d’un grand sourire, et de cervicales parfaitement huilées.

‘Telekinesis’, ‘Countach’, ‘dance AUTOMATON dance’, ‘MKL JKSN’, ‘Fin de Siècle’

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