Modeselektor – « Monkeytown »

mode180Album
(Monkeytown)
26/09/2011
Singeries inclassables

Alors que les origines de la Planète des Singes sont encore à l’affiche, Modeselektor prépare déjà les fondations nécessaires à l’accueil des primates du futur avec « Monkeytown », nouvel album toujours aussi inclassable qui va faire enrager les chroniqueurs du monde entier, contraints de jeter l’éponge devant le manque d’étiquettes à coller sur leur style inimitable. Toujours au coude à coude avec son ami Apparat, le duo allemand – prédisposé à toujours surprendre – n’a jamais déçu. Et l’heure du changement semble ne pas avoir encore sonné, à en croire ces onze titres à la fois sauvages et finement joués.

Si les deux ne sont pas les derniers pour la déconnade, une musique spontanée et intelligente se cache derrière cet humour pince-sans-rire qui fait souvent la couverture des magazines, ou le design de leurs sorties. Comme si Hudson Mohawke avait pris un peu de poids, les breaks organiques de « Blue Clouds » formatent l’espace sonore pour laisser passer les autres wagons, avec un Busdriver en première classe qui, au lieu de débiter son flow supersonique, se bat avec les effets sur le grime dodu de « Pretentious Friends ». Fidèle au poste, Thom Yorke se voit finement cisaillé sur « Shipwreck » qui va un peu trop vite en besogne au niveau du beat, installant une certaine tension, et dénaturalisant la voix du chanteur de Radiohead qui fait pourtant des merveilles sur l’entêtant « This » où les syllabes se perdent dans une forêt expérimentale hostile empruntant volontiers aux qualités du breakbeat et de l’electronica.

Hormis le dubstep hanté de « German Clap » et la techno grasse et midtempo de « Grillwalker », nos habiles chimpanzés lancent une liane à quelques amis qui ne font qu’augmenter la barre de vie du disque. Ainsi, ils partagent l’énergie animale qu’ils libèrent avec notamment Otto Von Schirach, qui balance discrètement des gimmicks macabres sur les battements métalliques de « Evil Twin », ou Antipop Consortium dont les flows flegmatiques rebondissent sur la ligne de basse gonflée de l’inquiétant « Humanized ». Le tandem jongle avec les genres et les tempos, agrandissant la brèche qui les mène aux clubs et aux salles de concerts à la grande satisfaction des crânes ecstasiés. Les invités n’en finissent pas d’entrer, et on se croirait au bal des anciens élèves lorsque Siriusmo et PVT se croisent sur le même morceau, l’idyllique « Green Light Go », avant qu’Apparat empoigne la guitare sur le contemplatif « War Cry », et que l’intervenante de choix Miss Platinum s’empare du micro sur l’un des morceaux-phare, le R’n B dilaté de « Berlin ».

Bien assez pour pouvoir annoncer confortablement que Gernot et Szary vont marquer l’histoire allemande à leur manière, en tant que producteurs incontournables de notre époque. De là à être mentionnés dans les livres d’histoire au chapitre de l’ère post-RDA, il n’y a qu’un saut. D’autant que les bougres ont assez de détente et d’imagination pour devenir une source d’influence pour les générations futures…

En écoute


Disponible sur
itunes4

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