MIA – « /\/\/\Y/\ »

mia1Album
(XL Recordings)
13/07/2010
Ghetto pop

On pensait que son récent statut de jeune maman aurait quelque peu calmé ses ardeurs. Que ce troisième album de MIA marquerait comme une rupture avec ses deux ainés. Mais quelle autre musique que la sienne – celle qu’elle a créé, développé avec « Arular » puis « Kala« , et qu’on appelle aujourd’hui ghetto pop – la sri lankaise aurait-elle pu défendre? Aucune. « Maya » poursuit donc comme un point de chute impossible à atteindre, toujours repoussé par une soif intarissable de nouveauté, elle même dictée par son esprit révolutionnaire, le poids de son passé, et ce feu qui brûle constamment en elle. Alors, qu’on apprécie ou non sa musique, difficile de reprocher à MIA cette ferme volonté d’avancer, toujours plus forte que tout. Y compris de sa nouvelle vie.

La preuve, bien qu’elle ait fait confiance à la même équipe de producteurs qu’en 2007 (Diplo, Switch, Blaqstarr et Rusko), « Maya » est certainement ce qu’elle a fait de plus sombre, saignant, et difficile d’accès dans sa courte carrière discographique. Cet album sent le sang, fait même parfois mal, chose à laquelle on s’attendait plus ou moins depuis qu’elle avait dévoilé le titre « Born Free », punk dans l’âme comme dans le son (Suicide y est grossièrement samplé), via son clip polémique. Confirmation à plusieurs reprises, que ce soit avec l’agressif et bruitiste « Teqkilla », ou quand l’électrique « Meds And Feds » finit de trainer nos éraflures sur le tarmac brulant.

Mais, pour la bonne digestion de ce disque, tout n’est pas de cet acabit, surtout quand « Maya » flirte aussi avec la perfection en usant de quelques armes de destruction massive (« Steppin Up », « XXXO », « Tell Me Why »). Mais si le disque laisse brillamment exprimer le caractère charmant, à la fois venimeux et faussement inoffensif, de la demoiselle par le biais de titres plus ambiants (« Space ») ou collant à la tendance bass music du moment (« Story To Be Told », « Caps Lock », « Lovalot »), d’autres en revanche taquinent malheureusement l’insignifiance. Dans le viseur, « It Takes a Muscle » aux contours dub qui reposent les écoutilles, mais qui décrédibilise presque toute la hargne exprimée ailleurs.

Finalement, « Maya » ne pouvait peut être mieux refléter ce que MIA était au moment d’accoucher de cet album: une artiste aux contrastes aussi saisissants que suspects, icône underground devenue pop star, rageuse et bruyante lorsqu’elle fait de sa lutte contre l’oppression un héritage personnel du fait de ses origines sri lankaises, entertaineuse et clinquante pour ne plus pouvoir cacher son environnement personnel devenu plus que confortable. Pour fuir tout débat savonneux, on préfèrera seulement retenir de cet album les deux extrêmes qui l’arbitrent, et qui redéfinissent les rôles: en 2010, MIA la belle est plus guêpe que jamais.

En écoute




Disponible sur
itunes7

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