Mark Lanegan Band – « Blues Funeral »

lanegan180Album
(4AD)
06/02/2012
Rock ténébreux

Il a vu le train du grunge lui passer sous les yeux, composé des berceuses capables d’endormir des villes entières, joué avec une des plus grosses frappes chirurgicales du rock de cette décennie (les Queens Of The Stone Age période « Songs For The Deaf »), et a failli se noyer dans des litres de mauvais bourbon. Autant de jolis faits d’armes sur le cahier des mérites d’un Mark Lanegan qui en compte bien d’autres, et parmi lesquels on retrouve en filigrane une carrière solo ayant progressivement délaissé la douce acoustique de ses débuts pour une électricité retrouvée il y a maintenant huit ans avec l’assourdissant « Bubblegum ». De nombreux projets plus tard (Gutter Twins, Soulsavers, sa collaboration avec Isobel Campbell), le voila de retour avec un « Blues Funeral » composé entre amis (Alain Johannes, Greg Dulli, Jack Irons, Josh Homme), et qui met fin à une bien trop longue attente.

Entre morceaux furieusement chargés en décibels et ballades envoutantes, ce septième album se révèle nuancé. En effet, « The Gravedigger’s Song » et son refrain en français, le tube « Riot In My House » ou la furieuse guitare de Josh Homme fait des merveilles, comme la fusée « Quiver Syndrome » portée par un riff léger, sont autant de pics de tensions électriques s’inscrivant dans une continuité logique, tous contrebalancés par quelques douceurs où la voix rauque du bonhomme délivre toute sa justesse. « Deep Black Vanishing Train » et « Phantasmagoria Blues » se distinguent alors par leurs arrangements soignés, une interprétation magistrale, jusqu’à s’intégrer parfaitement à cette discographie souvent empreinte d’une chaleureuse noirceur.

Pourtant, Lanegan a pris soin de ne pas rendre une copie trop conforme à nos attentes. Ainsi, il a parfois subtilement laissé sa musique revêtir des habits surprenants. En attestent un « Ode To The Sad Disco » flirtant avec l’électro lorsqu’il déroule une guitare sous intraveineuse à l’aide d’un beat répétitif, la longue procession « Tiny Grain Of Truth » aux synthés majestueux, ou même un « Harborview Hospital » ratant légèrement sa cible du fait d’effets envahissants, finalement nuisibles à l’harmonie du morceau.

Malgré ce léger trébuchement, et donc porté par l’incontestable réussite de ce « Blues Funeral », le rockeur à la personnalité emblématique se rappelle de manière convaincante au bon souvenir de tous. En ralentissant la cadence pour mieux nous charmer, tout en continuant à marcher vers une tension jouissive, le Screaming Tree nous prend finalement à contre-pied tout au long d’un album plus malin qu’il n’y parait. Assurément la marque des grands, et une nouvelle preuve de son immense talent.

Disponible sur
itunes9

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