Madensuyu – ‘Stabat Mater’

Album / Suyu Makinesi / 06.11.2013
Rock sincère

Cinq jours de studio sous la houlette de Peter Vermeersch (co-producteur du premier dEUS) auront suffit à Madensuyu pour accoucher de ‘Stabat Mater’, un troisième album qui célèbre le retour des belges, et conclut cinq longues années de silence. Cinq années durant lesquelles ‘A Field Between’ et ‘D Is Done’ – leurs excellents efforts discographiques précédents – n’auront cessé de graver sur les platines une empreinte indélébile: celle d’un rock sincère et instinctif, aux humeurs mouvantes, où la puissance ne se résume pas au volume sonore ni aux rythmiques intensives, mais avant tout à une guitare singulière et ouverte qui se joue des allures, vient soutenir nappes synthétiques et chants élevés qui nous aspirent avec force dans des états contemplatifs et nous cueillent au tréfonds des émotions. C’est dans cette même orientation musicale, sans apparats ni figures de style, que ‘Stabat Mater’ prolonge un savoir-faire et une éthique qui colle à la peau du groupe, avec cette fois ci encore plus d’assurance et d’habileté.

Au delà de deux remarquables interludes (la voix d’enfant à la frontière de la musique sacrée de ‘Hush Hum’, et le plus énigmatique ‘Triple Dot…’), le duo nous promène sans transition d’une énergie débridée à une ambiance éthérée avec brio (‘Crucem’). Il n’oublie pas de nous bousculer avec des compositions plus directes et faussement rectilignes (‘Mute Song’, ‘Ready I’), ainsi qu’avec l’instrumental et plus noisy ‘Dolorosa’, ou encore ce ‘Give’ relevé d’une voix énigmatique, surprenante et inattendue. A l’instar d’un Codéine accélérant le rythme, ou d’un Sonic Youth écorché, Madensuyu sait aussi se faire hypnotique et plus sombre dans les propositions mid-tempo. La preuve avec ‘On The Long Run’, ou les poignants ‘Days and a Day’ et ‘Haul In/High Tide’, véritables perforeuses de tripes où voix légèrement enrayées et guitares plongent à corps perdus dans des mélodies aussi mélancoliques que vertigineuses. Sans jamais se répéter ni se contredire, le duo belge soigne donc son retour en signant un troisième album magistral qui prouve que, avec le temps, rien est venu éteindre son sens aigu des compositions soignées, ni enrayer son jeu incontestable à la force de frappe immédiate. Un régal.

‘On The Long Run’, ‘Days And a Day’, ‘Haul In/High Tide’

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