Lower Dens – ‘Escape From Evil’

Album / Ribbon Music / 31.03.2015
Baltimore, I love you but you’re bringing me down

Couramment employé, souvent à tort, le terme d’hypersensibilité revêt désormais plusieurs significations, et caractérise plusieurs cadres et personnalités. Mais dans son sens le plus commun, il définit des individus qui répondent à des stimuli différemment de la majorité. L’introspection est fréquente, à l’instar des variations émotionnelles, souvent intenses. Si l’isolement peut incarner l’une des conséquences de ce symptôme, ce dernier peut se traduire aussi par des manifestations sociales et artistiques d’une grande richesse. S’il n’est nulle question de poser un diagnostic sur la psyché de Jana Hunter, sa simple existence sur cette Terre illumine à elle-seule l’existence de tous ceux dont les émotions représentent des maux ineffables.

Dans l’intégralité de ses travaux en solo, ses publications en ligne, souvent portées sur les souffrances des identités LGBT, ou son oeuvre au sein de Lower Dens, la native de Houston offre une multitude d’horizons lumineux face à l’indigence intellectuelle et l’obscurantisme dangereux encore bien vivants à notre époque. L’unique souvenir du concert au crépuscule du Fort de Saint-Père de Saint-Malo suffit à définir l’immense aura de la formation de Baltimore. Ce soir-là, après près d’une heure de déclinaison de ‘Nootropics’ et ‘Twin-Hand Movements’, la pissotière du festival était remplie de mecs de tout horizon, quadras, jeunes, tatoués ou barbus, plus ou moins sobres, qui s’avouaient, sans se connaitre, avoir chialé à grands flots devant la prestation de ces Américains.

C’est là tout le pouvoir d’un groupe dont la dimension lacrymale est imparable. Depuis ‘Twin-Hand Movements’, Lower Dens a pris l’habitude de plonger dans les abysses pour en extirper les sentiments les plus extrêmes. À ce titre, il est difficile de faire plus poignant que ‘Nootropics’, ascenseur émotionnel éprouvant, dont les riches strates se dévoilent encore à travers les années.

Mais à force d’explorer les aspérités les plus ténébreuses, le trio a sans doute désiré retrouver un peu de lumière. C’est du moins ce que laisse illustrer dans un premier temps le bien-nommé ‘Escape from Evil’, dont l’accouchement s’est fait attendre près de trois ans. Moins baroque que son prédécesseur, moins sonore aussi, ce troisième album présente un Lower Dens apaisé, comme si le voisinage de Beach House avait finalement éclairé sous un nouveau jour le studio de nos trois protagonistes.

Or, si les premiers instants, dont le single ‘To Die in L.A’, paraissent un niveau en-dessous de la puissance de leurs ainés, la suite vient vite mettre un terme à la crainte de la déception. Les présences de ‘Quo Vadis’ et ‘Your Heart Still Beating’ confirment ainsi à quel point ce groupe est doté d’un don pour procurer des frissons. Plus tard, ‘I Am The Earth’ érige Jana Hunter au rang de cantatrice cosmique, lors d’une mélopée que n’aurait pas renié David Bowie. Par la suite, ‘Company’ rappelle le goût de la formation pour la progression cathartique.

Au final, Lower Dens se dévoile sous un nouveau jour, plus frontal et moins soucieux des formats élaborés d’antan, peut-être simplement plus pop. Pour autant, le groupe ne perd en rien de son charme et, s’il envoûte peut-être moins, c’est aussi pour mieux respirer. ‘Escape from Evil’ incarne ainsi une transition, une mue salvatrice pour la poursuite de son oeuvre. Une de celles qui contribuent à rendre ce monde meilleur.

‘Quo Vadis’, ‘Your Heart Still Beating’, ‘I Am The Earth’

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