Lab° – « Volume »

lab180Album
(Crash Disques / Mille Milliards)
04/10/2010
Noise rock indus

De la portée dont a accouché le dub français à la fin des années 90, Lab° s’est toujours distingué tel un vilain petit canard, par une approche à la fois sombre et malsaine de cette musique qu’il a toujours coloré d’influences noise et indus, quand ses frères louchaient plus volontiers vers la Jamaïque. Le reggae, les parisiens s’en foutent, préfèrent entendre les guitares de leurs homologues skanker au loin, pour mieux affuter les leurs et découper les lobes d’un public depuis toujours attiré par leurs tendances sadiques. Depuis ses débuts, comme si elle avait peur qu’on la rattrape, la bête n’a cessé de muer pour mieux se démarquer, en  alimentant constamment un registre électrique totalement atypique, fidèle à son groove originel, mais de plus en plus impulsif et cinématographique.

Pendant cinq ans, Lab° a donc laissé la fratrie faire des siennes, évoluer comme elle le pouvait, souvent dans des directions différentes. Bizarrement, personne n’a suivi sa route, trop accaparés qu’étaient les High Tone, Zenzile et Ez3kiel à tenter le coup du côté des lumières du breakbeat, du hip hop et du rock. Dans l’ombre, en se faisant quasiment oublier, Lab° n’a pas chômé pour autant: la bave aux lèvres, la bête a progressivement senti monter la faim, a pris le temps de penser son menu avant de définitivement l’écrire et de lever le voile sur de nouvelles saveurs. Copieux, « Volume » l’est donc sans conteste et, à chaque avancée du monstre, se laisse ressentir chez les convives jusqu’aux plus profond de leurs tripes.

En douze coups, leur sort est scellé. Et pour cause, Lab° a beau désormais recourir au chant pour faire diversion (« The Girl In The Flood » avec Suzanne Thoma, « Out In » avec Phoebe Killdeer), il ne se contente pas d’user de toutes ses forces bien conservées. Il les décuple aussi en mêlant à son intensité oppressante et originelle (« Birthday ») de lourdes et rageuses envolées bruitistes (« Black Swan », « Youngsters », l’imparable final « Third Rush ») qui vont parfois jusqu’à anéantir toute espérance de (sur)vie via d’ultimes coups de massue: parmi les plus meurtriers, l’énorme et suffocant « Specific Guidelines » ou le radical et surprenant « Rock Saves Musicians » rendu vindicatif par Dylan Bendall, l’un des guitaristes du groupe. Plutôt qu’embarrassé par un embonpoint auquel on pouvait s’attendre, Lab° poursuit donc ce qu’il avait entamé avec « Derrière La Pluie » et « Müs« , pour finalement faire de ce « Volume » son album le plus abouti et le plus intemporel à ce jour. Dehors, la neige tient encore. Plus pour très longtemps.

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