Killer Mike – « R.A.P Music »

kill180Album
(Williams Street Records)
15/05/2012
Hip hop

Originaire d’Atlanta, complice et renfort régulier des surdoués d’Outkast, auteur de cinq albums solo, Michael Render est un modèle de rap underground, droit dans ses principes et fier de ses racines. Irréprochable lyriciste, le voila embarqué le temps d’un album composé a deux, sur les terres d’EL-P, descendu de New York pour parasiter de sa touche si particulière la chaleur moite du sud.

Dans ce subtil travail de contraste ou tout semble a priori opposer les deux auteurs de ce méfait musical, EL-P choisit… de ne pas choisir. Devenant tour à tour funambule et alchimiste, le producteur new-yorkais parvient à construire de manière complètement homogène, une carte d’identité singulière pour cet album ou Sud, Est et Ouest se croisent et se répondent, brassés par l’approche expérimentale de Jaime Meline issue des défuntes années Def Jux, et qui résonne plus que jamais le long de ses 12 titres.

Soucieux d’assommer d’emblée les plus fragiles, « Big Beast » débarque sans prévenir, armé d’une production massive: basses de gladiateurs, beat agressif et brochettes de featurings aux couleurs du sud avec T.I et Bun B. Au rayons des tubes, on retrouve « Go! », admirable freestyle ou le flow de Killer Mike démontre sa technicité avec aisance, ou encore « Butane (Champion’s Anthem) » à la lourdeur martiale et aux synthés chargés de codéine, renforcé par la présence d’El-P au mic, venu épauler son compère le temps d’un bref couplet.

Au delà de ces réussites évidentes, qui régalent par leur immédiateté, d’autres titres plus introspectifs incitent à une écoute des plus attentives, tant du point de vue de la production que des paroles. Ainsi, « Jojo ‘s Chillin » et « Southern Fried » sont de véritables démonstrations du talent de producteur d’un El-P qui puise dans la funk et la soul pour mieux les contaminer de l’intérieur, les greffant à des basses saturées et des lignes de synthés futuristes, afin d’en proposer une toute autre définition, entre figures du passé et de l’avenir.

Mais cette vitalité sortie des machines ne serait rien sans l’interprétation de Killer Mike. Particulièrement remonté et engagé, le rappeur distille de manière réellement intelligente et juste, quelques textes à la critique acerbe: « Reagan » relate, accompagné par un piano sinistre, les conséquences de ce mandat républicain sur la communauté afro-américaine. Sur l’apaisé « Willie Burke Sherwood », il dresse un portrait de sa propre enfance, entre un père policier et une conscience qu’il a appris à aiguiser à travers les livres, pour trouver sa voie.

« Sombre, dense et brut ». Trois qualités promises par Killer Mike avant la sortie de l’album et que l’on retrouve tout au long de ces 45 minutes de très haute volée. Tirant sa réussite d’un équilibre fragile, cette collaboration démontre la profonde intelligence de ces deux artistes, soucieux d’apporter chacun leur personnalité au cœur même du projet, sans empiéter sur l’univers de l’autre. En résulte une œuvre riche, passionnante, à la croisée de nombreuses influences, mais qui finalement préfère n’en choisir aucune, se contentant de trôner avec sérénité au milieu des envieux, préalablement écœurés par cette mise à l’amende magistrale.

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