Kanye West – ‘The Life of Pablo’

Album / GOOD – Def Jam / 14.02.2016
Hip hop

Il fallait un certain temps pour retrouver ses esprits après l’écoute de ‘The Life Of Pablo’, septième album de Kanye West. Outre sa forme, c’est toute une stratégie de communication qu’il a fallu vivre jusqu’à l’heureux dénouement : frénésie de tweets aussi consternants que désarmants, retard à l’allumage, tracklisting bipolaire, première écoute au Madison Square Garden pour la nouvelle collection de la marque du rappeur… Autant d’éléments qui illustrent les différentes facettes du bonhomme (mégalomaniaque, visionnaire, tête à claque… la liste est longue) tout comme l’attente inouïe qu’il suscite désormais.

Album après album, Kanye West a forgé sa propre mythologie de la rupture et de l’opposé, mixant obsessions sentimentales (le long chant de rupture autotuné qu’est ‘808’s and Heartbreak‘), dissonance dans les sillons de l’époque (‘Yeezus‘), ou encore pompiérisme princier (‘Late Registration’). On peut détester le personnage, mais il est impossible de contester une forme de vision qui prend cœur ici dans un défilé incessant de producteurs, de rappeurs, tous réquisitionnés et centrés sur le même objectif : écrire par bribes les contours d’une œuvre qui, d’un album à l’autre, ne se distingue plus que dans l’imperceptible sensation d’avoir toujours au minimum un ou deux coups d’avance sur les formes et les modes à venir.

Derrière ce nouvel album que se partage en titre la figure du peintre et du criminel, se dévoile un chapitre supplémentaire dans la vision de Kanye West, une nouvelle porte entrouverte que l’on franchit pour tomber face à face avec un foisonnement d’idées, de boucles, de samples dans un maelstrom aussi stimulant que frustrant.

Présenté par la pop star comme un ‘album de gospel avec beaucoup d’insultes’, ‘The Life Of Pablo’ est un fascinant brouillon ou s’additionnent par aplats des bribes de sons familières, toutes porteuses en creux d’une époque : la production écorchée de ‘Yeezus’ le temps d’un beat en roue libre (‘Feedback’), les réminiscences autotunées de ‘808’s And Heartbreak’ (‘Pt.2’, ‘Waves’, ‘Wolves’) et même un certain classicisme (‘No More Parties In LA’ composé avec Madlib, ou l’ouverture ‘Ultralight Beam’ pas si éloigné de l’esprit de ‘Jesus Walks’).

Autour de ces différents pôles du souvenir, s’articulent des morceaux brillants, dans un entremêlement de références qui, de la Jamaïque (‘Famous’) à la house de Chicago (‘Fade’), démontrent à tous ceux qui l’avaient oublié que Kanye West reste un producteur remarquable, juste dans ses choix, porté par une accalmie qu’on ne lui connaissait plus depuis un moment, liée à une situation personnelle plus apaisée ou la figure du père et du mari est venue se greffer au processus de composition.

Avec ‘The Life Of Pablo’, Kanye West s’inscrit une fois n’est pas coutume dans une continuité. Au bout de ce nouveau chapitre, le rappeur apparaît toujours aussi écartelé entre des pôles sentimentaux et musicaux ajoutant de nouvelles strates à l’œuvre de la pop star la plus fascinante de notre temps.

‘Ultralight Beam’, ‘Pt.2’, ‘Famous’, ‘Feedback’, ‘Waves’, ‘FML’, ‘Wolves’, ‘No More Parties In LA’, ‘Fade’

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