Jamie Lidell – « Compass »

jamie180Album
(Warp)
24/05/2010
Soul-funk expérimentale

Pas évident de suivre un véritable artiste, celui qui se remet en question à chaque album, laisse libre cours à la moindre de ses envies, et fait de l’éclectisme sa marque de fabrique. Jamie Lidell en sait quelque chose, lui qui n’a jamais véritablement fait l’unanimité au sein d’un même disque. Pourtant, bien aidé par une poignée de tubes accumulés au fil du temps (« Multiply », « Another Day », « Little Bit Of Feel Good »…) et des prestations scéniques désormais unanimement saluées, l’Anglais ne cesse de voir sa popularité grimper chaque fois qu’il noircit un peu plus sa discographie. « Compass » ne fait pas exception à la règle, et poursuit sa conjugaison un peu spéciale du soul-funk.

Deux ans après un « Jim » inégal, voilé par des compositions trop propres et une production trop léchée, l’égérie Warp s’offre un nouveau chapitre plus spontané et plus varié, ou les genres musicaux s’entrechoquent au même titre que les émotions, tout en conservant le funk et le chant comme points névralgiques. Pour parvenir à ce résultat, Jamie Lidell s’est particulièrement bien entouré, laissant son cercle d’intimes (Feist, Gonzales) comme quelques musiciens chevronnés intervenir à un moment ou à un autre du processus. Parmi eux, James Godson (batteur de Bill Withers et Quincy Jones), Nikka Costa, Pat Sansone (Wilco), Beck, ou Chris Taylor (Grizzly Bear), tous certainement un peu responsables du voile pop qui survole ce « Compass », perceptible sur ses meilleurs titres: l’éponyme comme les excellents « Your Sweet Boom » et « The Ring ».

Mais, au-delà de son approche toujours un peu expérimentale, des mélodies imparables qui ne cessent de baliser sa petite quinzaine de titres, ce nouvel opus, bien que parfois légèrement bordélique par ses accumulations d’idées, passionne aussi par son approche rythmique. Incontestablement efficace en toutes circonstances, elle s’illustre via le beat box de l’ouverture « Completely Exposed », les incessants retournements de situation de « You Are Walking », le groove simplement soul de « It’s a Kiss », ou les quelques clins d’oeil aux légendaires maîtres pop-funk: Prince sur « I Wanna Be Your Telephone », MJ sur « Gypsy Blood », et plus encore les Jackson Five sur « Enough’s Enough ».

Alors que chacun de ses albums ne peut être considéré autrement que comme une transition, ou l’élément supplémentaire d’une définition manoukianesque de la soul, « Compass » restera certainement comme une des oeuvres les plus cohérentes de Jamie Lidell depuis ses prémices électro. Avec un seul titre véritablement décevant (« She Needs Me »), le petit génie et locomotive de Warp sort enfin un album passionnant, qui suscite l’impatience de connaître la suite de l’histoire.

En écoute

Disponible sur
itunes18

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