Groundation – « Here I Am »

ground180Album
(Naive)
23/06/2009

Groundation est un groupe qu’on ne présente plus. Connus aux quatre coins du monde pour avoir restauré le son oldies du reggae jamaïcain originel et redonné une véritable actualité au genre, les Américains menés par Harisson Stafford continuent encore de rassembler les foules après plus de dix ans d’activisme, six albums, une poignée de projets parallèles et quelques énormes tournées mondiales derrière eux. Un succès tant critique que commercial qui n’a pas de secret et réside essentiellement dans l’efficacité et la qualité instrumentale du «son Groundation», ainsi que dans le timbre de son lead vocal (sûrement l’une des plus grandes voix que le reggae ait jamais connues). Néanmoins, le dernier side-project de Groundation qui avait atterri dans nos oreilles l’année dernière («Rockamovya») nous avait laissés perplexes sous l’effet d’un arrière-goût de répétition et de platitude décevant pour un groupe de cette envergure. Nous attendions donc avec impatience une nouvelle galette pour remettre à l’épreuve une frilosité fréquemment reprochée au combo.

L’occasion nous est donnée avec la sortie de ce septième «Here I Am», défini d’emblée comme un nouveau challenge pour Groundation, qui présente ici une formation élargie. Aux côtés de Kim Pommel, le groupe accueille en effet une nouvelle choriste, Stephanie Wallace, et donne ainsi aux voix féminines une place plus importante, affranchie de l’ombre d’Harisson Stafford. C’est donc une première innovation dans ce nouvel opus, et pas des moindres puisqu’elle est à l’origine de formidables titres tel un envoûtant «So Blind» mené par la voix charnue et soulful de Stephanie (seul bémol: la base instrumentale déjà utilisée par le passé, vite oubliée néanmoins sous l’effet des vocals), ou «Here I Am» et «Not So Simple» dans lesquels les voix de la chanteuse et d’Harisson s’harmonisent à la perfection. Ce dernier montre ainsi sa capacité à abandonner le monopole du chant dans les compositions du groupe, comme en témoignent également «Time Come», morceau dans lequel carte blanche est donnée aux vénérables Congos, ou la présence de Pablo Moses sur un mystique «Blues Away». «Golan To Galilee» en est l’ultime illustration, regroupant ensemble les huit voix qui se succèdent sur cet album dans une sorte de feu d’artifice final à couper le souffle. L’autre innovation majeure de «Here I Am» réside dans les compositions instrumentales, qui tendent à intégrer de plus en plus une composante jazz prenant parfois le pas sur le reggae. Si un certain nombre de titres conserve une base one drop classique à l’intérêt plus limité («Every One Could Lose», «You Can Profit», «Beating Heart»), d’autres ont un bon goût de jazz expé («Run The Plan», l’excellente intro de «Not So Simple», le titre entièrement instrumental «Walk Upright»), dans lesquels la batterie s’emballe, les claviers discordent et les cuivres se lamentent.

Dès qu’on parvient à s’imprégner du son de cet opus, l’émotion monte et conduit à appuyer sur la touche repeat pour profiter à nouveau de ses vocals magiques et des nombreux détails de ses riddims. La force incontestable de «Here I Am» n’est peut-être pas évidente à la première écoute, mais elle est bel et bien présente, si bien qu’il est nécessaire d’écouter et de réécouter ce disque afin d’en apprécier toutes les subtilités. Sinon, vous risquerez fort de passer à côté d’une perle musicale qui achève de faire entrer Groundation dans la cour des grands, en prouvant leur volonté évidente d’aller de l’avant. Il ne nous manquait que «Here I Am» pour en être définitivement convaincus.

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