Album
(Warp)
17/09/2012
Indie pop
La question du temps et sa nécessité. Interrogation fertile et malléable à souhait, véritable rhétorique musicale du monde moderne à laquelle le quatuor new-yorkais n’échappera pas. Trois ans de discrétion depuis “Veckatimest”, ses membres errant à droite à gauche, absorbés dans différents projets, calfeutrés dans leurs vies, Grizzly Bear l’a laissé passé, le temps. Mais il a su s’en imprégner et l’utiliser à bon escient. Tel un fruit gorgé de vécu sur un arbre d’expériences, “Shields” arrive à point, délicieux.
Aucun doute, cet album est exaltant, ouvert et travaillé. Le groupe avait déjà mis l’eau à la bouche avec deux titres accrocheurs (”Sleeping Ute”, “Yet Again”), porteurs d’émotions franches camouflées derrière une composition parfaite. Nulles tromperies ici, rien est caché, tout s’arrache à mains nues. De la profondeur pop la plus fine (”The Hunt”) jusqu’à la générosité d’une orchestration singulière et maîtrisée (le céleste “Half Gate”), le tout est suave et aérien.
A la différence du précédent opus, Grizzly Bear se réinvente et se rend majestueux, continuant de le prouver avec des pièces brillamment conçues et proprement réjouissantes (”What’s Wrong” et la magnifique clôture “Sun In Your Eyes”). On se laisse porter, sans relâche, par ce petit rien qui vous rappelle que certaines émotions sont mystérieuses quand s’élèvent quelques pointes de perfection. A l’heure où tout se bouscule à une vitesse folle, certains prennent du temps, réfléchissent, se rencontrent à nouveau, et arpentent leurs savoirs toujours plus loin dans ce but plutôt noble d’être justes avec eux-mêmes d’abord, avec tout le monde ensuite.
C’est fait, Grizzly Bear éclot à nouveau et balance à la tronche de tous une vraie prouesse poétique, d’une pureté nouvelle et d’une richesse à en rendre plus d’un envieux. Car la clef de la réussite se tient ici en une seule idée: l’honnêteté et la précision pour mieux servir son intégrité. Prenez donc le temps, vous aussi, de vous incliner un peu plus.
En écoute
















\…quand s’élèvent quelques pointes de perfection. A l’heure où tout se bouscule à une vitesse folle, certains prennent du temps, réfléchissent, se rencontrent à nouveau, et arpentent leurs savoirs toujours plus loin dans ce but plutôt noble d’être justes avec eux-mêmes d’abord, avec tout le monde ensuite.\
Que dire de plus ? Grandiose, ces types ont vraiment de la classe… et merci pour la chronique !