Grieves – « Together/Apart »

grieves180Album
(Rhymesayers)
21/06/2011
Hip hop

Le bougre a beau avoir une tronche de jeune recrue, il sort avec « Together/Apart » le troisième album de sa discographie, le premier pour l’éminent label Rhymesayers qui n’a pu s’empêcher lui aussi de tomber sous le charme groovy de son précédent opus « 88 Keys & Counting ». Alors enrôlé au même titre que les Atmosphere et Brother Ali aux côtés desquels il a tourné, Grieves s’est très vite attelé à la réalisation d’un nouveau disque appelé à le faire définitivement éclore, et l’imposer dans les esprits de tout mélomane biberonné au hip hop. Pour cela, il a demandé à Budo – son acolyte de tournée et multi-instrumentiste particulièrement doué – de co-produire ce cru 2011, suite logique de son prédécesseur puisqu’il rebondit majoritairement sur ses acquis pour mieux les enrichir de cette complicité trouvée au fil du quotidien.

Le duo, définitivement en osmose, livre alors une salve de seize titres frappés de la touche profonde, riche et groovy de Budo (évidente sur l’instrumental « Speak Easy »), idéale pour le flow mélancolique et très narratif d’un Grieves qui n’hésite pas à aborder des thèmes personnels, généralement sombres, sans pour autant que l’ambiance générale de l’album en soit plombée. Car derrière la morosité apparente affichée par quelques lignes de piano récurrentes (« Lightspeed », « Bloody Poetry »), une poignée de refrains peut être trop mièvres (« Falling From You », « Pressure Cracks », « Against The Bottom »), et des productions généralement nonchalantes au point de parfois flirter avec la soul (« Heartbreak Hotel »), « Together/Apart » se guide constamment à la lueur de l’espoir, tapi en second plan mais bel et bien présent, incarné ici par un synthé typiquement west coast (« No Matter What »), là par un sample printanier (« Sunny Side Of Hell »).

Toujours sur la balance, à la manière d’un Brother Ali (d’ailleurs invité sur un couplet de « Tragic ») à qui il manquerait le dernier coup de rein, Grieves s’offre à plusieurs reprises quelques bouffées d’oxygène transformant l’essai en titres incarnant parfaitement la qualité constante de cet album marchant pourtant de bout en bout sur le fil fragile d’un tracklisting (trop?) homogène. Meilleurs exemples, « On The Rocks » et « Prize Fighter » reflètent plus que jamais l’évident charisme de ce Mc de Seattle qui, comme beaucoup de ses illustres ainés, a assurément trouvé le producteur capable de lui faire écrire un bout de l’histoire. Parce que si Budo n’est pas forcément le plus technique du circuit, il est des tous meilleurs quand il s’agit de décrocher l’efficacité maximale avec un beat, un clavier et quelques cuivres comme matière première principale. Ne reste maintenant plus à Benjamin Laub qu’à apprivoiser une diversité qui, non seulement transformera définitivement son talent en or, mais fera aussi tâche d’huile sur son proche entourage. Autant dire que, sa maturité ici belle et bien acquise, Grieves risque de frapper très fort au prochain épisode.

Disponible sur
itunes5

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