Godspeed You! Black Emperor – ‘Asunder, Sweet And Other Distress’

Album / Constellation / 30.03.2015
Post rock intemporel

Quand ils ne sont pas occupés par Thee Silver Mt Zion ou une autre de leurs nombreuses vies musicales, les membres de Godspeed You! Black Emperor façonnent, depuis plus de vingt ans maintenant, une oeuvre aussi intemporelle qu’inclassable. Atmosphérique, bruitiste ou progressive, elle se faufile avec finesse dans des ambiances hypnotiques et une profondeur de champs que le collectif prend soin de décliner à chacun de ses disques. Avec ‘Asunder, Sweet and Other Distress’, premier opus à tenir sur un seul vinyle depuis la fin des années 90, les québécois signent un nouvel album succinct (40mn) mais puissant, une pièce reliée par quatre mouvements ininterrompus.

Dès les premiers frissons de ‘Peasantry, or ‘Light! Inside of Light!’, le disque offre une montée en puissance intense. Violons et guitares s’épaulent au fil d’une mélodie répétitive et envoûtante, déclinée à l’unisson tel un orchestre philharmonique empreint de saturations permanentes. On retrouve alors toute la maîtrise inégalée de Godspeed You! Black Emperor, notamment quand il est question d’ériger des univers saisissants à grands coups de riffs à l’unisson. Puis, on glisse sans préavis sur ‘Lamb’s Breath’ et ‘Asunder, Sweet’ aux ambiances plus bruitistes, où une accumulation de larsens, de sonorités finement délivrées se télescopent et se resserrent pour servir une atmosphère plus sombre et introspective. Sans aucune mélodie apparente, avec force et intelligence de composition, chaque instrument y trouve une place majeure, se déploie avec habileté dans des graduations mesurées, appuyées par un bourdonnement inquiétant.

Godspeed You! Black Emperor sait retenir ses énergies et, comme une prise d’air, nous maintient en haleine à chaque instant, jusqu’à délivrer ‘Piss Crowns Are Trebled’, réveil aussi poignant que magistral. Sur fond de basse saturée, batterie et guitares viennent accompagner une cascade de violons aux mélodies ravageuses, fidèles à la marque de fabrique d’un collectif devenu maitre de l’harmonie électrique. Dans ce final en apothéose, les québécois nous déposent comme ils nous avaient cueillis aux premiers sillons de l’album, nous laissant sans voix face à leur puissance de frappe émotionnelle.

Une fois encore, Godspeed You Black Emperor démontre donc un talent incomparable pour composer des pièces intenses et sensorielles. Artwork léché, regard sensible sur notre monde chaotique, ‘Asunder, Sweet and Other Distress’ – à l’image de toute sa discographie – illustre à nouveau, avec brio et très grande maîtrise, un nouveau chapitre aux lectures aussi vastes que nos humeurs humaines. Un joyau de musique contemporaine.

‘Peasantry, or ‘Light! Inside of Light!’, ‘Asunder, Sweet’, ‘Piss Crowns Are Trebled’

À lire ou écouter également:

,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire