Fugazi – ‘First Demo’

Album / Dischord / 17.11.2014
Embryon de légende

1987, alors que les inséparables Guy Picciotto et Brendan Canty se remettaient de leur aventure commune au sein de Rites Of Spring, Ian McKaye avait depuis longtemps tourné le dos au hardcore straight edge. Tour à tour, avec Embrace et Egg Hunt, il exprimait à la fois sa lassitude envers le mouvement, ses envies d’explorer un nouvel univers, et dessinaient déjà les contours de ce qu’allait devenir Fugazi, ce groupe qu’il imaginait sonner comme du Stooges baigné de reggae. C’est donc avec l’inconnu Joe Lally (basse) et Colin Sears – alors batteur de Dag Nasty – qu’il accouchait de premières ébauches, avant de stabiliser le line up en accueillant Canty puis Picciotto, deux alliés de choix dans sa quête d’un rock nouveau. Ensemble, les quatre donnaient alors une dizaine de concerts, puis décidaient d’enregistrer leurs premiers morceaux à l’ombre du Inner Ear, studio de Washington DC désormais célèbre pour avoir vu naître la grande majorité des productions Dischord.

C’est à ce moment que cette ‘First Demo’ est immortalisée, d’abord dans le seul but de se faire une idée de la véritable valeur du travail accompli. Plutôt satisfait du résultat, Fugazi pense alors en sortir un disque, puis se ravise, convaincu par ses compositions qui ne cessent d’évoluer au fil du temps. Finalement offerte au format cassette sur ses concerts, cette session sera abandonnée au profit du premier Ep officiel sorti par le groupe en juin de la même année, pour finalement revoir le jour vingt-six ans plus tard en guise de document d’archive unanimement accueilli par des fans rêvant secrètement à la fin de ce satané hiatus dans lequel le quatuor s’est volontairement/tristement fourré il y a maintenant plus d’une décennie.

Evidemment, ‘First Demo’ n’est pas l’album qui doit vous faire mettre le premier pied dans l’univers Fugazi. Destiné avant tout à ses plus vieux fans, comme à ceux qui ont su prendre le temps de remonter l’intégralité de sa discographie et qui connaîtront donc la majorité des versions définitives, ce disque séduit car il nous fait assister aux premiers pas fragiles et approximatifs d’un futur monstre d’originalité et d’authenticité. Surtout, il ne triche pas: Fugazi y passe par des moments très approximatifs, les notes vont jusqu’à filer en douce (‘Song #1’), le menant parfois à la plantade (‘Bad Mouth’). Mais, plus intéressant encore dans ces versions embryonnaires, le groupe dévoile des originaux étonnamment ralentis (‘Waiting Room’, ‘And The Same’), des breaks jusqu’ici inconnus (‘Merchandise’), des lignes de chant différentes, et laisse percer ces quelques bribes de dub – ici soulignées par une basse au front et des choix d’arrangements sans équivoque (‘Furniture’) – qui se résumeront plus tard à la simple définition du groove.

Pas vraiment du resucé donc, même si on imagine bien les adeptes les plus indéfectibles scruter le tracklisting en quête d’inédits. Qu’ils ne trouveront qu’en le méritoire ‘Turn Off Your Guns’, seul véritable inconnu puisque ‘The Word’ s’affichait dans une autre version sur la compilation du vingtième anniversaire de Dischord, que ‘In Defense Of Humans’ n’a pas de secret pour les détenteurs de ‘State Of The Union’, et que ‘Furniture’ a été réenregistré en 2001 à l’occasion du Ep éponyme. Un clin d’oeil, comme si de rien était, au caractère singulier tout entier d’un Fugazi qui pouvait composer à la fin des années 80, et faire croire à la nouveauté en n’enregistrant que vingt ans plus tard. Des comme ça, vous en connaissez d’autres?


‘Waiting Room’, ‘The Word’, ‘Bad Mouth’, ‘Turn Off Your Guns’

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