Fuck Buttons – « Slow Focus »

Album
(ATP)
22/07/2013
Electro

Il aura fallu quatre ans pour que le successeur de  »Tarot Sport » daigne venir jusqu’à nous: un laps de temps synonyme d’éternité à l’ère de l’immediateté. Comme un clin d’oeil, il porte le nom de  »Slow Focus », signe que Fuck Buttons détient seul les clés de sa chronologie. Aussi, il semblait évident que l’investissement du duo dans la cérémonie des Jeux Olympiques de Londres lui offrirait une stature suffisamment imposante pour qu’il puisse désormais se passer de producteur. Exit donc Andrew Weatherall, cet album a été forgé à quatre mains et démontre une nouvelle fois à quel point les anglais maitrisent leur signature, ne souffrant d’aucune pression de l’opinion.

De fait, si d’aucuns pouvaient penser que Fuck Buttons allait capitaliser sur le succès de « Tarot Sport » et ses morceaux olympiques, l’écoute de  »Slow Focus » met clairement du plomb dans l’aile à cette affirmation. Longtemps maturé, ce troisième opus jouit de nombreuses similitudes avec son prédécesseur. Des longues distorsions aux denses nappes mélodiques en passant par cette rythmique spasmodique, Fuck Buttons sonne comme du Fuck Buttons à la différence près – et elle est de taille – que l’euphorie des débuts n’est plus.

Sombre, cette nouvelle ligne discographique apparaît comme le fruit de longues tribulations mentales. L’anxiété est maitresse et son omniprésence ne laisse que peu de place à l’optimisme. Seule la venue de  »Stalker » vient interrompre l’oppression permanente. Le duo lui-même ne s’en cachait pas au moment d’évoquer ses nouveaux travaux. Pour autant, on ne peut y voir que l’affirmation claire d’une hydre à deux têtes, désormais seule face à ses machines. Si le talent de Weatherall est indéniable, son absence a certainement offert toute la latitude nécessaire pour écrire des images plus fidèles à leur identité.

Sensorielle, l’expérience s’apprivoise comme un voyage au centre de la Terre, et plus les anglais nous approchent du noyau, plus ils se réfèrent à nos propres viscères. Comme Boards of Canada il y a quelques semaines, les producteurs creusent la violence clinique pour mieux s’attarder sur la beauté qu’elle recèle. En allant encore plus loin dans le sujet de la densité sonore, Fuck Buttons n’en oublie pas pour autant les clubs et  »Slow Focus » réussit la prouesse de concilier l’écoute introspective et le défoulement physique, se faisant un album essentiel, et d’ores et déjà un classique.

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