Far – « At Night We Live »

far180Album
(Vagrant)
25/05/2010
Emo originel

Alors que les reformations de groupes des années 90 battent leur plein, les motivations ne sont pas toujours aussi malsaines qu’on pourrait le penser. Après avoir vu sa popularité grimper constamment depuis qu’il a décidé de raccrocher les guitares, Far a décidé l’inespéré: un retour aux affaires dicté par l’envie et le plaisir de retrouver les sensations d’antan, sans s’encombrer d’un quelconque esprit de revanche qui, pourtant, aurait été justifié. En effet, auteur de quatre albums dans les nineties, le quatuor n’est autre qu’un des précurseurs de la déferlante émo de l’époque, celle dont il n’aura pas profité pour s’être fait la belle trop tôt. À sa place, c’est la descendance Thursday, Jimmy Eat World et même Deftones qui n’avait plus qu’à suivre un chemin bien balisé pour devenir les nouveaux héros d’une jeunesse fatiguée d’être trimballée entre les deux extrêmes d’alors qu’étaient la pop et le hardcore.

Seulement, Far n’avait peut-être pas lu toutes les chroniques qui le citaient sans cesse en référence, avait sûrement aussi sous-estimé son statut. Car il aura fallu quelques concerts secrets sous le nom de Hot Little Pony, une fausse page Myspace pour pouvoir y poster ses nouveaux titres, puis cette reprise du classique Rnb de Ginuwine (« Pony », en clôture de ce nouvel album), pour littéralement affoler les foules, faire péter les standards des radios, aspirer les sites d’écoute sur internet, et se retrouver dans l’obligation d’en promettre beaucoup plus aux nombreux fans plongés dans un rêve éveillés. Après douze ans d’absence, Far reprend donc le fil de sa discographie en y ajoutant « At Night We Live », un nouvel album beaucoup plus varié que ses lointains prédeceseurs, très marqué par l’épopée solo de Jonah Matranga, que ce soit au sein de New End Original, Onelinedrawing ou Gratitude.

C’est d’ailleurs à une suite de celui-ci qu’il faut s’attendre, plutôt qu’à un « Water & Solutions » version 2010, cette nouvelle salve offrant une multitude de petits plaisirs l’emmenant par monts et par vaux, souvent du très bon au plus rarement passable (« When I Could See »), tout en prenant bien soin de faire reluire sa plus belle pépite: un chant parfait en tous points, centre névralgique de toute la puissance émotionnelle de ce disque, qui n’hésite pas à se lancer de nouveau défi, comme sur « Defeaning » et « Dear Enemy », deux des titres les plus rock jamais écrits par le groupe. Le plus souvent à l’instar de Gratitude donc, Far s’en va titiller U2 tel un Coldplay qui musclerait son jeu (« If You Cared Enough »), étincelle en mariant parfaitement l’intensité et la mélodie (« Give Me a Reason », « Burns »), réconcilie à sa manière la pop et le hardcore (« Fight Song #16,233,241 »), et laisse ressurgir quelques bribes d’anciens titres pour enfin les achever (l’excellent « Are You Sure? » de l’époque New End Original, 2001). Ajoutez à cela quelques vents d’innovation – rythmiques pop sur « Better Surrender », élans shoegaze et indus sur « The Ghost That Kept On Haunting » – et Far se réapproprie son trône avec un naturel insolent et, contrairement à nombre de ses homologues, ne pouvait avoir meilleure idée que de remettre ça.

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