Factory Floor – « Factory Floor »

factoryAlbum / 09.09.2013 / DFA
Dancefloor industriel

Véritable arlésienne, c’est peu de dire que nous n’espérions plus ce premier album de Factory Floor, non pas que le trio se fit jusque là particulièrement rare, leur conséquente salve d’EP contribuant à nous tenir en haleine. Hermétiques à la pression, les Britanniques admirent ne pas se soucier réellement de cet aspect discographique. Mais Factory Floor est unique et l’excitation qu’il provoque est telle que la présentation d’un long format* devenait indispensable. Depuis sa création, la formation ne cesse d’expérimenter autour de la répétition rythmique et les corrélations entre l’Homme et les machines, l’analogique et l’électronique, le son et l’espace. Souvent cérébrale, comme l’atteste sa collaboration avec Peter Gordon (« Beachcombing ») ou ses performances à la Tate Modern, sa musique n’est jamais dénuée de conséquences physiques.

Nourris par leur environnement géographique (le Nord de Londres et ses manufactures), portés par la musique industrielle (cf. leur affiliation personnelle avec Chris & Cosey à l’origine du side project Carter Tutti Void), élevés dans la fascination de la scène techno de Detroit, ils livrent ce qui pourrait bien être la synthèse la plus aboutie de ces trois inspirations. Nous savions déjà que « Factory Floor » comporterait une retrouvaille – heureuse – avec l’excellent « Two Different Ways ». Le ton fut par la suite confirmé avec les singles « Fall Black » et « Turn It Up ». Le reste ne décevra pas.

Cathartique, cet album l’est incontestablement. Son écoute rend impossible toute tentative de réprimer les mouvements qu’il provoque. Bien que très conceptualisé, il laisse de côté la facette drone du trio pour privilégier son visage le plus dansant. À des tempi toujours élevés, les arpeggiators déroulent leurs mélodies saccadées, soutenus par une rythmique dont la rigueur métronomique paraît indécente. Toujours flegmatique, la voix de Nick Cold Void se charge d’amener sa dose d’humanité erratique pour finir d’établir cette symbiose humanoïde. Pour autant, cette recette était déjà bien connue de ses auditeurs.

Ici, le miracle se situe surtout du côté de la production. Hautement réfléchie pour sublimer l’ensemble de l’album, elle permet à chaque élément d’exprimer sa valeur ajoutée. Sous l’égide de Timothy « Q » Wiles (VCMG, Afrikaa Bambataa, Überzone), Factory Floor ne tombe jamais dans l’excès d’artifice, disséminant réverbération et delay avec parcimonie pour mieux se jouer de nos sens. Enfin, la plus grande réussite de ce premier album est sans doute qu’il nous ramène aux heures les plus glorieuses de DFA, quand le label distillait certains des plus grands tubes de l’histoire de la pop moderne, incarnant l’une des meilleures passerelles entre l’entertainment et l’art. L’ADN de  »Factory Floor » regorge de propriétés extatiques à même d’en faire un disque essentiel. Trois ans se sont écoulés pour le concrétiser, nul doute qu’il en faudra autant aux Britanniques pour réaliser son successeur. Durant ce laps de temps, ne soyez pas étonnés qu’ils aient fait des émules. Cet album fera école mais il faudra encore attendre un bail avant que quiconque puisse l’enterrer.

*En 2009, Factory Floor a sorti sur le marché japonais « Talking on Cliffs », un mini album long de sept morceaux, en édition très limitée.

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« Turn It Up », « Here Again », « Fall Back », « Two Different Ways »

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