Ez3kiel – ‘Lux’

Album / Ici d’Ailleurs / 10.11.2014
Electronica rock

En 1992, alors que naissaient à la fois l’Union Européenne, Eurodisney et la chaîne Arte, EZ3kiel était lui aussi en train d’éclore dans l’ombre, pour devenir l’alien officiel de la scène dub française. Tout cela ne rajeunit personne, sauf peut-être ces tourangeaux qui n’ont cessé de faire évoluer leur musique et leur personnalité, pour arriver à ce stade de groupe incontournable affligeant gracieusement sa petite claque sonore et visuelle à chaque sortie. Aujourd’hui, le dub est relégué au fond du décor mais lâche encore quelques échos à peine perceptibles au sein d’une musique hybride et classieuse, mêlant guitares rock, ardeurs électroniques et idées contemporaines.

A vrai dire, on imaginait bien la carrière de la bande se terminer de façon magistrale avec la tournée ‘Naphtaline’, devant un public lui offrant une standing ovation dans l’un des théâtres français devenu le lieu privilégié de leurs expérimentations orchestrales en version musique de chambre. Ce travail monumental était en fait une belle parenthèse puisque la revoici de nouveau sur les rails avec les dix nouveaux titres de ‘Lux’, évidemment accompagnés d’un concept live inédit qui promet encore de titiller la rétine. En effet, à entendre le rock hypnotique de la short-story ‘Born in Valhalla’ et ‘Dead in Valhalla’, on sent bien qu’EZ3kiel a laissé trop longtemps les guitares en veilleuse et a bien besoin de s’énerver à nouveau. ‘Lux’ ressemble ainsi à un parfait prétexte pour souffler toute cette poussière, et reprendre les rênes de cette configuration live explosive qui nous manquait depuis 2009.

Avant même d’écouter cette nouvelle salve, on aime se rassurer en se remémorant la puissance créative du groupe, en particulier orchestrée par le graphiste et (ex) bassiste Yann Nguema. On se souvient de cette fusion avec le bois et les cordes de DAAU, de leur exposition ‘Les Mécaniques Poétiques’ où l’on pouvait voir entre autres une machine à coudre du siècle dernier recyclée en instrument à la pointe de la technologie, ou de cette forte identité visuelle toujours en équilibre entre l’art baroque et la mécanique moderne. EZ3kiel cultive définitivement un art du paradoxe, à première vue matérialisé ici par ce magnifique graphisme épuré qui ne sous-entend jamais des morceaux aussi massifs que son titre éponyme.

Ainsi, tel un Viking s’arrêtant en pleine bataille, mettant sa vie en péril pour sauver celle d’un moineau, la puissance martiale dégagée par EZ3kiel est souvent contrebalancée par une grosse dose d’espoir parachutée au bon moment (‘L’Oeil du Cyclone’,  ‘Zero Gravity’, ou ‘Stereochrome’ qui rappelle les morceaux les plus épiques de Mogwai).Heureusement, il ne s’agit pas que d’agressivité ébranlée par cette mélancolie pourtant omniprésente: ‘Anonymous’, premier titre révélé avant la sortie de l’album, est un bijou d’electronica incisive, sublimée par la voix de l’autre tourangeau Pierre Mottron. Sans jamais s’écarter de cette atmosphère ensorcelante, le désormais quatuor met sa bougeotte artistique en exergue avec d’autres épisodes d’ambient sombre (‘Dusty’) ou de post-rock contemporain rappelant la belle époque de Portishead (‘Eclipse’ avec Laetitia Sheriff). Tout est ici réuni pour comprendre que ces quatre garçons bouillonnants d’inventivité ne se reposeront probablement jamais sur leurs lauriers. Plus qu’une nouvelle pierre à leur édifice, ‘Lux’ est bel et bien un nouveau départ.

‘Zero Gravity’, ‘Dead in Valhalla’, ‘Anonymous’, ‘Stereochrome’

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