Erykah Badu – « New Amerykah Part Two »

badu180Album
(Motown)
29/03/2010
Nu soul

Peu d’artistes imprègnent autant un disque de leur âme qu’Erykah Badu. Partageant ses convictions, ses croyances, elle met sa personnalité singulière au service de sa créativité, contrôlant chaque aspect, chaque détail de son œuvre. « New Amerykah part two: The Return Of The Ankh », deuxième volet d’une trilogie annoncée, n’échappe pas à cette règle. De la pochette réalisée une nouvelle fois par Emek Golan, truffée de symboles ésotériques et mystiques, à la composition (Badu produit ou co-produit l’ensemble des titres), rien ne lui échappe, instaurant une harmonie dont elle seule semble posséder le secret. Loin d’étouffer ses collaborateurs, elle les inspire, leur permet de laisser libre cours à leur inventivité, mais dans un cadre dessiné par ses soins.

Madlib possède les arguments pour la séduire, et joue parfaitement le jeu de la diva lorsqu’il habille sa voix douce d’une basse ronde, généreuse, groove à souhait sur « Umm Hmm ». L’instrumental « Incense » qu’ils produisent ensemble ne fait d’ailleurs que confirmer cette alchimie, dans un style aérien propice à la méditation. 9th Wonder semble lui aussi gagné par la même influence, et le « 20 Feet Tall » qu’il livre est en parfaite symbiose  avec la chanteuse. Mais on note surtout un retour aux sources de la native de Dallas. Alors que le premier chapitre de « New Amerykah », « 4th World War« , s’orientait vers le hip hop avec un discours contestataire très marqué, il est logique de la voir se tourner vers la nu-soul de ses débuts, bien que son engagement soit encore très présent. « Fall In Love (Your Funeral) » et « Window Seat – feat ?uestlove » en sont les parfaits exemples. Elle incorpore néanmoins quelques touches d’originalité, comme l’illustrent le beat de « Gone Baby, Don’t Be Long » concocté avec Taarak, ou la rythmique new jazz élaborée en compagnie de Shafiq Husayn (SA-Ra Creative Partners) sur « Agitation ». Et puisque le rap n’est jamais loin, quoi de mieux qu’une version de J-Dilla pour l’accompagner avec « Love », sur lequel la patte du beatmaker ressuscité fait merveille. Des surprises était annoncées, gageons que la reprise du « Get Money » de Junior Mafia en est une belle (« Turn Me Away (Get Munny) »), tout comme « Jump Up In The Air (Stay Here) » feat Lil Wayne et Bilal, titre psyché-hip hop déroutant mais très réussi. Pourtant, plus que jamais, on préfère quand elle nous embarque sur un long « Out My Mind, Just In Time (part1,2,3) » de dix minutes expérimentales, jazzies, tout en variations subtiles sur lequel elle nous fait définitivement chavirer.

Revenant à la fois à la musicalité de ses débuts, tout en faisant progresser son style, Erykah Badu démontre, une fois n’est pas coutume, toute l’étendue de son énorme talent. Là où ses concurrentes ne font qu’interpréter, elle semble repousser ses limites, prendre des risques, mettant beaucoup d’elle-même dans chaque nouvel album. Son univers est plus dense, plus prolifique que les autres et surtout enveloppé d’une poésie enivrante. « The Return Of The Ankh » poursuit ainsi parfaitement la quête de sens que Badu semble avoir entamée. La magie fonctionne, et nous laisse frissonnants de plaisir.

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itunes38

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2 réponses à Erykah Badu – « New Amerykah Part Two »

  1. Ruben 17 avril 2010 à 14 h 56 min #

    Première véritable écoute…………Y’as pas à dire c’est un très bon album!Cela dit,le côté barré du premier volet de la trilogie?dyptique? me manque un peu.C’est un album plus posé,différent toutefois de Baduizm,plus produit et très groovy.

  2. Ruben 19 avril 2010 à 5 h 59 min #

    Finalement,cet album me déçoit.S’il a effectivement des qualités,sa sortie trop tardive par rapport au premier volet fait qu’il s’exclut du dyptique?trilogie?! annoncée.Et ce n’est pas simplement du au temps mais à la musique,au chant,aux textes.Il manque de souffle par rapport au premier volet et ce qui décoit c’est de voir Erykah Badu revenir à cette nu-soul douce à l’oreille certes mais parfois un peu trop lisse,ce qui est dommage quand on pense au travail entreprit depuis « Worldwide Underground ». « Nu-soul is dead » nous avait-elle dit!!!!et effectivement,elle avait eu la peau de la nu soul en évoluant notamment dans son chant mais sur ce deuxième volet(qui n’en est pas vraiment un à mon sens),elle renoue avec un chant plus classique.

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