Electric Electric – « Discipline »

elec180Album
(Africantape, Herzfled, Kythibong, Murailles)
03/10/2012
Krautrock mathématique

Quatre longues années que nous réécoutions inlassablement « Sad Cities Handclappers« , le premier album d’Electric Electric: une éternité à l’heure où la plupart des groupes se soumettent au rythme médiatique, et n’attendent rarement guère plus de deux ans pour enchainer les sorties. Il ne nous restait plus alors « que » la consolation de la scène, véritable lieu de culte au trio alsacien tant, depuis ses débuts, ses concerts font l’objet d’attentes frénétiques. Capable de transformer n’importe quel balai dans le cul en génie de la danse improvisée, le groupe n’a d’ailleurs pas manqué de consolider sa réputation au sein d’une Colonie de Vacances – cour de récréation quadriphonique aux côtés des Pneu, Marvin et Papier Tigre – désormais mythique pour ses litres de sueurs recensés, et qui maintenait Electric Electric – injustement absent dans la presse bienpensante – sur toutes les lèvres de spectateurs émus de pouvoir fébrilement converser de leur expérience ô combien primaire.

Si, au fil de ces kilomètres enquillés, certains ont pu se délecter de quelques pépites inédites, les Strasbourgeois prirent tout leur temps pour dévoiler leur nouveau visage, laissant seulement échapper les tubes « Neutra Tantra » et « La Centrale » qui finissaient de tuer les plus patients. Déjà, on y décelait une dimension nouvelle, notamment grâce à une production propre à sublimer chaque détail de leurs tortueuses compositions. Difficile alors d’exprimer l’émotion qui montait au moment d’insérer une première fois ce nouvel album dans la platine, ni d’ailleurs la claque ressentie après son écoute tant les premières mises en bouches n’étaient que la partie émergée d’un iceberg trop imposant pour le croire réel.

Pour dire vrai, peu d’entre nous pouvaient raisonnablement penser ce « Discipline » aussi abouti. Electric Electric y décline toute sa palette et prouve que, aussi complexes soient ses compositions, elles restent terriblement diaboliques. Sans jamais tomber dans la facilité, le groupe plonge dans ses propres ruptures, sillonne ses incessantes saccades, prolonge jusqu’à l’apoplexie ses autoroutes de transe (l’épique « Summer’s Eyes ») et se plait à quelques fantomatiques apparitions vocales toujours utilisées avec parcimonie et succès (« La Centrale », « Pornographic Arithmetic » et surtout, le dément « Material Boy »). Ces voix sont d’ailleurs les dernières traces d’humanité au sein de cette machinerie rutilante, chronique de paysages post-industriels, violents et hantés.

« Discipline » est la porte d’entrée avant l’enfer, le purgatoire des dernières jubilations. Quatre ans auparavant, « Sad Cities Handclappers » assénait déjà une claque magistrale. Aujourd’hui, la recette est similaire mais un vice nouveau est apparu chez le trio, résolu à pousser les limites du champs des possibles. Plus surprenant encore, il ne force jamais, et la marge de progression semble – de fait – encore plus impressionnante. Il y a un an, le monde entier attendait Battles, aujourd’hui le raz-de-marée Electric Electric balaye les américains pendant qu’on s’y replonge encore et encore, chaque jour un peu plus souillés. Les dommages collatéraux de l’ivresse n’ont jamais paru aussi attirants. Et pour cause, la soif provoquée par le groupe ne se tarit jamais.

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Une réponse à Electric Electric – « Discipline »

  1. Robert Salmerde 22 décembre 2012 à 1 h 50 min #

    Django Django, Electric Electric, à quand Hipster Hipster bande de putes??

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