Dirty Projectors – « Bitte Orca »

dirty180Album
(Domino)
08/06/2009

En s’offrant les services de Domino pour « Bitte Orca », le tout nouvel album des Dirty Projectors, David Longstreth – le cerveau du groupe – va enfin pouvoir profiter de la reconnaissance qu’il mérite. Celle du public, car les médias comme certains de ses confrères (Braxton de Battles notamment) n’ont déjà pas manqué de souligner la sorte de génie qu’il est devenu le temps de quatre albums. Pour cette nouvelle salve, ce collectif au line up fluctuant affiche complet, comme pour rassembler toutes les forces vives et s’offrir enfin la chance de marquer les esprits. Une ambition que les Dirty Projectors touchent effectivement du doigt en reprenant à leur compte la couleur musicale et l’inspiration débordante qui caractérisent la scène de Brooklyn. Aussi, le succès récent d’Animal Collective n’a sûrement pas laissé la troupe indifférente, certaines ressemblances se laissant entendre dans l’approche des compositions, dans les mélodies comme dans la manière de les interpréter, même si on reste ici dans un registre nettement plus indie/folk (« Cannibal Resource » et « Stillness Is The Move surtout). Ce constat flagrant aurait pu lui coûter cher si « Bitte Orca » ne restait pas un album intriguant, malgré tout accessible, et agréable à l’écoute, chose à laquelle Longstreth n’était pas encore parvenu à ce point (« Temecula Sunrise », « No Intention »). Là, le temps de cette parade de charme en neuf mouvements durant laquelle il se met paradoxalement en retrait au profit de deux voix féminines du plus bel effet, il impose son jeu de guitare (aux consonances même africaines parfois) et son chant atypiques comme le fil rouge d’une cohérence indéniable, inédite à ce jour chez Dirty Projectors dont chaque disque ne contenait souvent jusqu’alors qu’un petit lot de coups d’éclat. Cette fois, c’est l’intégralité du tracklisting qui brille et captive, qu’il opte pour l’électrique (« Cannibal Resource »), l’acoustique délicieusement bancal et agrémenté de cordes (« Two Doves »), ou les deux pour un mix souvent habité, réussi et totalement imprévisible, comme le prouvent les sept minutes de « Useful Chamber » et sa large palette musicale. Mais le mieux reste que « Bitte Orca » n’est pas un album de son temps: il ne se dévoile que lentement, s’éclaircie progressivement, et se déguste sur la durée. Peut être trop élitistes pour beaucoup, effrayés par le terme art pop revenant régulièrement quand il s’agit de les qualifier, les Dirty Projectors contribuent eux aussi magnifiquement à réveiller ce petit monde endormi.

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