Deerhunter – ‘Fading Frontier’

Album / 4AD / 16.10.2015
Poids lourd indé

Au moment de réfléchir à nos classements rituels de fin d’année, on se souviendra que la bonne ville d’Atlanta a fourni en 2015 deux excellentes raisons de réjouir nos oreilles. Avec la révélation Algiers d’abord, dont le mélange de gospel et de post-punk hante encore nos esprits. Avec le septième album de Deerhunter ensuite, très attendu et éminemment réjouissant.

Réjouissant pour plusieurs raisons. Parce qu’il est assez court (9 titres pour un total de 37 minutes) et qu’il n’est pas de plaisir plus intense que de faire tourner en boucle ce genre d’album, tout à la fois concis et rempli d’idées. Si l’on est loin du noise rock garage et ambient des premiers efforts du groupe, et clairement dans le prolongement de la réflexion entamée en 2010 avec ‘Halcyon Digest‘, le talent de la bande emmenée par l’excellent Bradford Cox est toujours intact, et ‘Fading Frontier’ un disque foisonnant à la croisée des chemins.

Réjouissant également par la nature même de la plupart de ses chansons qui, si l’on excepte le léthargique et expérimental ‘Leather & Wood’ comme les textes souvent peu enjoués de Bradford Cox, font la part belle aux rythmiques entraînantes et aux mélodies entêtantes. C’est notamment le cas sur le tubesque ‘All The Same’ qui ouvre l’album, sorte de synthèse parfaite entre Wilco et un indie rock plus FM entendu il y a des années chez Doves, ponctué de quelques saillies garage bienvenues ; ou sur ‘Breaker’, qui se déploie sur une sautillante ligne de guitare, et ‘Duplex Planet’ emmené par l’harpsichord de Tim Gane (Stereolab), instrument qui confère au morceau un délicieux goût de seventies. Quant au single ‘Snakeskin’, sévèrement funky, il a l’insolence géniale d’un Supergrass à son meilleur.

Réjouissant enfin pour cette capacité à mélanger les genres dans un immense bric-à-brac sonore au sein duquel on retrouve toujours ce que l’on cherche. Outre les grandes joies procurées par les morceaux déjà cités, ‘Take Care’, et son final en tourbillon psychédélique, ou le planant ‘Ad Astra’, naviguent en eaux synthétiques et évoquent tour à tour Beach House, Broadcast (James Cargill est d’ailleurs de la partie sur ‘Take Care’) ou le Roxy Music d’Avalon. De belles références pour un album qui ne l’est pas moins : ‘Fading Frontier’ est un nouveau tour de force des Américains, un disque d’une éclatante noirceur, intense et fascinant.

‘All The Same’, ‘Take Care’, ‘Snakeskin’, ‘Ad Astra’

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