Danny Brown – ‘Old’

Album / Fool’s Gold / 08.10.2013
Hip hop

Difficile de discerner encore aujourd’hui la personnalité de Danny Brown. Originaire de Detroit, le rappeur a monté – depuis son apparition en 2010 – tous les échelons de l’attention médiatique et de l’attente du public pour apparaître comme l’une des figures les plus imprévisibles et passionnantes du hip hop américain. Dégaine de crackhead mongoloïde, voix nasillarde, hystérie communicative: voila les arguments du jeune homme, passé maître dans l’art d’illustrer sa vie sexuelle par des métaphores à l’imagination troublante.

Cependant, à l’heure de son premier album, Danny Brown crie à qui veut bien l’entendre que ‘Old’ amorce un changement dans sa courte carrière, en se frottant à des thèmes qui éloignent le rappeur de sa trivialité d’antan pour le ramener à un peu plus de sérieux. Sans éviter l’écueil de la maturité forcée, ‘Old’ est donc l’album d’un entre deux, qui accentue plus que jamais la faille entre deux identités marquées.

Dès le premier refrain, ce dialogue avec lui-même se met en route, évoquant l’ancien Danny Brown, réclamé à corps et à cris, et dont le rappeur ne se soucie désormais plus. A l’image de cette ouverture, la première partie du disque couvre différents épisodes, de la vente de drogues à une enfance difficile. Cohérente, les productions épousent totalement cet état de fait, renouant avec un certain classicisme, marquant sur ‘The Return’ et ‘Gremlins’. Même la voix se transforme ici, comme si elle devait grandir d’un coup, pour pouvoir énoncer correctement ces histoires douloureuses.

Délivré de ces fardeaux autobiographiques, la deuxième partie de l’album replonge à vives brassées dans un hédonisme contagieux, jusque là absent. Dés ‘Side B (Dope Song)’, la voix nasillarde renoue avec sa deuxième moitié, celle qui fume une brouette de weed et qui boit comme un trou. Rustie, A-Trax, ou encore le fidèle SKYWLKR ménagé jusque-là, s’en donnent à cœur joie pour renouer avec la folie de ‘XXX’, sa précédente mixtape, alternant productions trap (‘Smokin & Drinkin’) et tortures de MPC (‘Kush Coma’).

‘Old’ ne vous aidera donc clairement pas à trancher, tant ici l’identité semble s’être scindée en deux, privilégiant une alternance à mesure égale plutôt qu’une cohérence pleine et entière. Tenant autant de Janus que d’ODB, Danny Brown soigne les parts d’ombre aussi bien que les trous de lumière. Espérons que ses divisions soit sans fin, elles ne rendent le personnage que plus fascinant.

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‘Side A (Old)’, ‘Wonderbread’, ‘Torture’, ‘Smokin & Drinkin’, ‘Dip’

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