C’Mon Tigre – ‘C’Mon Tigre’

Album / Autoproduit – Africantape / 13.10.2014
Musique d’ici et d’ailleurs

Il y a des disques qui vous tombent comme ça sur le coin de la gueule, et qui vous font perdre toute notion d’espace-temps. Le premier album de C’Mon Tigre est incontestablement de ceux-là, même si on doit bien avouer qu’il nous aura fallu quelques écoutes pour entrer de plain-pied dans l’univers d’un collectif rameuté à l’initiative d’un duo qui se plait à entretenir le mystère sur sa propre identité. Chez lui, pas de notion d’origine, chaque musicien ayant été recruté pendant plus de deux ans à enregistrer à travers le monde, et encore moins d’égo puisqu’on n’y représente personne, si ce n’est une âme: comme un cahier des charges qui fait souffler un fort vent de liberté jusque sur la longueur d’un premier opus déconcertant de diversité, qui va uniquement chercher sa cohérence et son homogénéité dans le talent de chacun des intervenants.

Durant ces treize titres, tous laissent transpirer une osmose, une complicité, et une émulation mutuelle qui démultiplient l’inspiration, avec un naturel qui ne fait qu’ajouter encore plus de spontanéité à l’oeuvre. Le mot est lâché, et prend tout son sens dès qu’on commence à zig zaguer entre Est et Ouest, avec la même agilité qu’entre les assauts répétés de folk, de jazz, de funk, de pop, et de musique traditionnelle, placés dans un écrin psychédélique, et menés à la baguette par une rythmique conciliante.

Les griffes blues hypnotisantes, étouffées et colorées de ‘Rabat’ sonnent ainsi le départ d’un périple mémorable qui, ici ou là, dans ses plus beaux horizons, ne manque pas de rappeler les expérimentations downtempo intimes et chaleureuses de Shawn Lee (‘Fan For a Twenty Yeas Old Human Being’) ou, par la voix, de faire tomber Gonjasufi de son (haut) perchoir (‘A World Of Wonder’, ‘December’). Surtout, de ce concentré d’images sur lequel plane une odeur de bon libanais, il est quelques morceaux qui, telles ces cartes postales un peu cornées et passées par le temps, incarnent toutes les promesses dites ici par C’Mon Tigre. Parmi eux, ‘Fédération Tunisienne de Football’, premier single au funk électrique ensorcelant et cuivré, ‘A World Of Wonder’ et son free jazz plongeant peu à peu dans un drone chamanique, ‘Welcome Back Monkeys’ aux riffs de guitare piqués au blues malien, ou le final ‘Malta (The Bird And The Bear)’ qui vous laisse à quai sous une brise ou il fait bon vivre, quelque part entre les pays de l’Est et le Moyen Orient.

Fort de sa devise ‘The more it will change, the more it will grow‘ qui nous revient constamment à l’esprit au fur et à mesure que se dévoile ce premier album, le collectif – libre et imprévisible par définition – rappelle indirectement à chaque morceau qu’il ne se destine qu’à être une série d’instantanés, et donc de souvenirs. Porté par la paix et la sérénité de celui qui vit le moment présent, ce disque aux multiples témoignages s’impose de lui-même par sa profondeur et sa richesse, avant un prochain dépaysement qui donne déjà des fourmis dans les rêves.

‘Rabat’, ‘Fédération Tunisienne de Football’, ‘A World Of Wonder’, ‘Welcome Back Monkeys’, ‘Malta (The Bird & The Bear)’

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