Clipping – ‘Clppng’

Album / Sub Pop / 09.06.2014
Hip hop déglingué

Ce n’est pas la première fois que Sub Pop nous fait le coup de sortir un album de hip hop. Shabazz Palaces avait déjà prouvé la capacité du label de se sortir de son indie rock originel pour aller dénicher un ovni d’un tout autre genre. Clipping vient compléter cette liste (encore) courte après avoir laissé ‘Midcity’ – son premier opus – parler pour lui l’an passé. Le temps de quatorze titres, le trio de Los Angeles confirme donc avec ‘Clppng’ tout son potentiel à marier le gangsta rap avec une musique bruitiste, parfois au point de rendre dingue. Difficilement accessible sur le papier bien que quelques efforts se fassent sentir (‘Work Work’, ‘Tonight’, ‘Inside Out’), la formule fait pourtant preuve d’une redoutable efficacité quand on veut bien la laisser dévoiler tous ses atouts. Alors, le flow rythmé de Daveed Digg saisit dès l’intro que l’on recommande de ne pas écouter trop fort, sous peine de dégâts collatéraux. Pour le reste, montez généreusement le volume, et prenez en pleine tronche cette sensation de revivre les folles années 90/2000 qui voyaient le hip hop alternatif ouvrir une ère avant gardiste, empreinte d’une totale liberté. Antipop Consortium et consorts n’étant plus là pour défendre leur royaume, Clipping se l’attribue, le rafraîchit à grands renforts de sonorités indus (‘Body & Blood’), de beats démantibulés (‘Dominoes’), mais aussi grâce à son approche aussi courageuse que culottée l’amenant à abattre franchement la carte de l’oppression (‘Taking Off’, ‘Get Up’ bâti sur une sonnerie de réveil, l’endurant ‘Story 2’). Un poil plombé par quelques titres en deçà (‘Dream’, ‘Williams Mix’), ‘Clppng’ n’en reste pas moins un album puissant, aussi ambitieux qu’inconfortable qui, dès qu’il se termine, rappelle que la clique Odd Future est peut être depuis trop longtemps surestimée, que la plaisanterie Death Grips a aussi assez duré. Ca déglingue.

‘Body & Blood’, ‘Work Work’, ‘Get Up’, ‘Story 2’

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