Clark – « Iradelphic »

clark180Album
(Warp)
02/04/2012
Electronica

C’est grâce à des gars comme Clark – artiste nous confortant quant à l’évolution du duel homme/machine qui restera certainement à notre avantage de son vivant – que l’on garde foi en l’avenir de la musique électronique. Lui qui avait enchaîné une trilogie d’albums monumentaux nous a fait poireauter pendant trois ans, laissant néanmoins échapper ici ou là quelques titres ou mixtapes. Jusqu’à ce sixième album dont on commençait à en savoir un peu trop à force de morceaux libérés au compte goutte quelques semaines avant sa sortie.

Il n’est pas rare pour un artiste électronique anglais, même malgré lui, de se soumettre aux modes dans le but de rester à la page. Mais pas question pour Christopher Stephen Clark de se laisser absorber par la hype, lui qui n’y a jamais cédé jusqu’à maintenant. Comme on pouvait donc le prévoir, pas de relents dubstep ni de bass music sur ce nouvel album qui ne parviendra pas, une fois n’est pas coutume, à arracher à notre plume les adjectifs « monstrueux », « chaotique » ou « massif ». En effet, à vrai dire, vous n’y trouverez rien qui pèse aussi lourd que ses classiques « Ted », « Herzog » ou « Growls Garden », mais plutôt des ballades IDM finement construites, ne laissant aucun son au hasard, quitte à devoir travailler plusieurs jours d’affilée sur chacune d’elle. C’est la légende qui le dit. Ainsi, confrontant toujours le vintage et le moderne, le producteur semble ici emprunter la guitare de son collègue Bibio (qui l’a aidé pour quelques sessions d’enregistrement) sur « Henderson Wrench », comme sur « Tooth Moves » qui termine face au vent sur des riffs synthétiques à la Dam Funk.

Perfectionniste acharné, le musicien apporte cette fois plus d’importance à la mélodie qu’à la puissance habituellement dégagée par ses compositions, démonstration faite par la ballade au piano « Black Stone ». Clark a appris la guitare comme un grand, a voyagé pour arranger ses morceaux dans des environnements différents, a samplé des percussions ou des clavecins avec du matériel de plus ou moins bonne qualité… On a définitivement face à nous un génie qui ne tient pas en place, un hyperactif têtu qui se réinvente perpétuellement en coulant dans le béton une signature indélébile qui sauterait aux oreilles de n’importe quel amateur de blind test. Organique, « Com Touch » maintient en haleine sans jamais vraiment s’emballer: un contre-pied récurrent au sein de ces douze titres relativement calmes et accessibles qui forment un solide enclos retenant l’animal qui est en lui.

Se cachant derrière une qualité de production exceptionnelle, l’Anglais fait la pluie et le beau temps, jongle entre le mental (« Skyward Bruise/Descent » ou les ambiances folktronica de « Ghosted ») et le jovial (« The Pining » qui se décline en trois parties aux déstructurations épanouies). Mais c’est véritablement sur « Open » que l’album prend son envol: là, Martina Topley-Bird se fond dans le moule d’un Clark qui a attendu le bon moment pour la faire intervenir, même si ce ne fut que pour la faire répéter inlassablement la même phrase histoire d’accentuer le côté hypnotique. Avec une mélodie inquiétante, quelques micro-détails qui font pourtant tout, un beat simple et pesant, le producteur ne conserve que le strict nécessaire, et laisse un peu de place à la voix de la belle qui brille littéralement sur « Secret », point culminant de l’opus. Dans l’ombre, authentique et unique, Clark continue de régner sur cette espèce d’Intelligentsia Electronica, et développe à volonté cette forme d’autisme musical qu’il revendique. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il est loin d’être à bout de souffle.

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