Charles Bradley – « No Time For Dreaming »

brad180Album
(Dunham)
24/01/2011
Soul

Daptone, Dunham, Truth & Soul: autant de noms de labels synonymes de vengeance pour celles et ceux – et ils furent nombreux – qui eurent à subir les assauts radiophoniques de Duffy et autres Adele (ne parlons même pas de Ben l’Oncle Soul, il n’y a rien à en dire). Synonymes également d’une certaine rigueur dans l’excellence de leurs sorties respectives, ne surfant aucunement sur l’actuel revival que vit le genre soul, mais en en étant, au contraire, ses principaux instigateurs. Se faisant, ces puristes ont eu la brillante idée de réhabiliter quelques incroyables interprètes n’ayant jamais eu la chance de percer lors de leurs folles jeunesses. Puristes certes, mono-maniaques aussi un peu, mais surtout malins puisque, loin de se contenter de reproduire simplement l’un des innombrables styles de soul existants, en bons historiens du mouvement, ces musiciens et labels-managers picorent à tous les râteliers, mixant la northern à la southern, métissant celle de Detroit à celle de Memphis, ajoutant une louche de gospel et quelques pincées de funk comme pour mieux épicer l’ensemble. Si on ajoute à cela le fabuleux travail d’archiviste fourni ces jours-ci par le démentiel label de réédition NumeroGroup, il est parfaitement normal que le fanatique de musique afro-américaine ait un sourire jusqu’aux oreilles. Et ce sourire, il n’est pas près de s’effacer à l’écoute de l’album de ce jeune premier de 62 ans qu’est Charles Bradley.

Avec un parcours ayant eu tellement de climax que l’on n’attend plus qu’un réalisateur pour en faire un biopic, ce new-yorkais d’adoption – traumatisé très jeune par un James Brown qu’il venait de découvrir sur scène par l’entremise de sa sœur – a beaucoup de choses à dire, et encore plus à raconter. Ce fut, du moins, la conviction de Thomas Brenneck, patron du label Dunham (en fait une sous-division de Daptone Records), membre du Budos Band et fondateur du Menahan Street Band lorsqu’il le signa en vue de l’enregistrement d’un premier disque. C’est d’ailleurs à ce dernier groupe qu’incombe la tâche de mettre en musique les opinions et états-d’âmes de Bradley. Rodée, la formation l’est, après avoir accompagné récemment Lee Fields (autre papy soul repêché dans les méandres d’un destin peu conciliant), et fait preuve d’un remarquable savoir-faire: elle a, en effet, su retrouver ce subtil mélange entre rondeur et sécheresse qui caractérisait la plupart des productions du sud, et celles de Stax en premier lieu. La batterie claque à chaque coup de caisse claire, les multiples attaques de cuivres apportent une dynamique jamais prise à défaut et se reposant sur un duo basse-guitare généreux en petits gimmicks réjouissants et lignes mélodiques inventives. Bref, du velours sur lequel, en bon (que disons-nous, excellent!) chanteur soul aux influences clairement blues, Bradley peut dérouler ses textes que l’on devine emprunts de vécu, et déclamés d’une voix vibrante, pleine d’emphase et de détresse, obligeant l’auditeur à littéralement vivre ce qui lui est conté: soit la base même de la soul-music, en somme. Agencé avec soin, « No Time For Dreaming » est un album qui doit aussi beaucoup aux Meters ainsi qu’à Booker T and the MG’s dans sa volonté de proposer une musique très aguicheuse tout en étant peu caressante, avec un regard à hauteur d’homme, quelque chose de très mature. De fait, la plupart de ces chansons évoquent fortement leurs ancêtres 60’s et 70’s dans la façon qu’a Bradley de traiter sur un même pied d’égalité l’intime et le généraliste, le sentimental comme le politique, faisant se croiser et s’interpénétrer les échelles comme les sujets. Du vrai storytelling qui documente autant sur son auteur que son époque et, assurément, une des meilleures sorties actuelles de toute cette mouvance.

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itunes29

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