Brain Damage – « Burning Before Sunset »

brain180Album
(Jarring Effects)
15/03/2010
Dub métaphysique

Depuis plus de dix ans, chaque nouvel album de Brain Damage est synonyme de renaissance et de réincarnation pour son dub métaphysique en perpétuelle évolution.  Si les expériences musicales du passé maintiennent toujours leurs empreintes, elles semblent au fur et à mesure se combiner pour former un ensemble résolument différent. Le nouvel album, « Burning Before Sunset », ne déroge pas à cette règle originelle. On y retrouve dès les premières notes la marque de fabrique des stéphanois, cette noirceur palpable teintée de poésie nostalgique et de tourments cérébraux. Néanmoins, la nouveauté est bel et bien au rendez-vous de ce dernier LP: ce n’est plus un duo qu’on y retrouve mais un trio, Raphaël et Martin étant rejoints sur la totalité de l’opus par leur fidèle complice Black Sifichi. Une particularité qui achève d’assombrir les productions du combo, sous l’effet de la voix grave, puissante et anxiogène du poète slameur.

Dans « Burning Before Sunset », la basse et la batterie vont ainsi au bout de leurs idées noires, accompagnées de claviers funèbres aux résonnances dramatiques (« There Is A Wind »), de guitares hantées et de voix fantomatiques (« Smoke In Our Minds », « Bull’s Ass »), de rythmes écorchés vif (« Don’t Ask Me Why », « Only Lost In Sound » et ses accents ezekieliens). Mais au-delà de cette descente aux Enfers frisant l’apocalypse, « Burning Before Sunset » est marqué par une rupture salvatrice incarnée par le lumineux « Possibility Of Love », synonyme de trêve pour la suite de l’opus qui accueille le doux son de la harpe. A partir de là, les perles sonores chargées d’émotion se succèdent au rythme de la lente narration de Black Sifichi, dont la voix devient peu à peu rassurante (« The Tower Of Eternity », « Invisible Click »), avant d’incarner un apaisement retrouvé sur le conclusif et bien nommé « Hope Of Utopia ». Brain Damage livre ici son plus beau dub imagé, comme sur l’existentiel « My Legs, My Arms, My Mind  & My Brain », ou sur l’incroyable « Plain White Butterfly », semblant sorti tout droit d’un film de Tim Burton comptant la mort d’Erik Satie.

« Burning Before Sunset » est ainsi un album schizophrène chargé de surprises et d’énigmes, qui prend au corps et sollicite comme rarement des émotions antagonistes, de l’oppression glaçante à la sérénité réfléchie. Brain Damage y explore des terres musicales vierges pour révéler son talent inaltérable et sa soif d’ailleurs, exploitant toutes les forces du dub pour en faire un genre inspiré, mouvant et cinématique. Une performance brillantissime.

Disponible sur
itunes25

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Une réponse à Brain Damage – « Burning Before Sunset »

  1. fred 4 avril 2010 à 21 h 28 min #

    « dub is reggae & reggae is dub » disait Manutension
    il me semble connaître qui a écrit cette chronique dithyrambique…

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