Blockhead – « The Music Scene »

block180Album
(Ninja Tune)
25/01/2010
Downtempo hip hop

Alors que les deux jouaient sévèrement des coudes pour s’emparer du trône de producteur hip hop/downtempo, il semble que l’abandon de RJD2, qu’il faut désormais aller chercher vers la pop, aura bien profité à Blockhead. La voie désormais libre, le new yorkais qui s’est longtemps fait la main au service des autres (Aesop Rock, Slug & Murs, Mike Ladd, Cage…) avant de se lancer en solo, peut maintenant avancer sereinement. Malgré une distribution injustement éparse puisqu’uniquement disponible sur ses concerts, l’obscur « Uncle Tony’s Coloring Book » sorti en 2007 n’avait d’ailleurs pas manqué de le souligner, au même titre que les disques qui l’avaient précédé (« Music By Cavelight » et « Downtown Science« ). A l’époque, il était même plutôt présenté comme un (excellent) amuse gueule avant un nouvel album officiel annoncé pour les mois qui suivaient. Mais pris dans le tourbillon des concerts, Blockhead repoussera finalement « The Music Scene » jusqu’en 2009 pour le digital, début 2010 pour les adeptes de la galette. Une attente certes longue mais supportable puisque finalement sans surprise pour qui a suivi le parcours de l’américain: en douze titres, il décline son savoir toujours grandissant en matière de production, à tel point qu’il est de plus en plus difficile de lui affilier un genre musical précis. Certes, le downtempo, le hip hop et cette approche un brin funky ne sont jamais bien loin (l’excellent titre éponyme, « Pity Party »), mais se noient volontiers dans les profondeurs émotionnelles de compositions désormais mises au monde grâce au logiciel Ableton qu’il avoue être responsable de cette nette évolution. En matière de rythme notamment, puisque le format typiquement hip hop a parfois été relayé au second plan au profit d’un autre, plus complexe et surprenant de la part de Blockhead qui possède désormais tous les atouts pour atteindre son but: être capable  de raconter une histoire par le simple fait de sa musique. Exécution de l’entame « It’s Raining Clouds » passant du downtempo originel à des élans drum n’bass, au final et psyché « Farewell Spaceman », suscitant tous deux l’imaginaire. Et quand il retourne à ses anciens amours, Tony Simon en appelle aux ambiances: glauques sur « Four Walls » (leçon d’utilisation de l’autotune) et « The Daily Routine » à l’atmosphère sombre dictée par des samples de disputes entre drogués, ou plus légères sur le mystique « The Prettiest Sea Slug » comme sur « Tricky Turtle », trait d’union entre la Blaxploitation et le Moyen Orient. C’est donc sur une même base que Blockhead continue d’ériger son empire, seul ou toujours pour les autres. Pendant qu’on vous parle, le suractif new yorkais serait déjà en train de baliser le terrain des prochains Joanna Erdos, Illogic et Aesop Rock. On n’a pas fini de taper du pied.

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