Blanck Mass – ‘Dumb Flesh’

Album / Sacred Bones / 11.05.2015
Electro-masochisme

Benjamin Power ne peut se passer de mélodies, aussi sous-jacentes soient-elles. C’est lui qui le dit, et ça se confirme à chaque ligne de sa discographie: tant dans le minimalisme onirique de son premier album éponyme sorti chez Rock Action en 2011, que depuis plus de dix ans avec la folle épopée Fuck Buttons qu’il mène en compagnie de son acolyte Andrew Hung. Sans surprise donc, ‘Dumb Flesh’ ne fait pas exception à sa règle, omniprésente qu’elle est tout au long de l’album, que ce soit dans son introduction léthargique soufflant la possibilité de pouvoir encore faire marche arrière (‘Loam’), ou dans ses propulsions techno qui, de près ou de loin, ne sont pas sans mesurer l’impact de ‘Slow Focus‘ sur cette seconde embardée solo.

Déjà dévoilé il y a plusieurs semaines, ‘Dead Format’ est à ce titre un des plus solides porte-étendards de ce nouvel album. Noisy, lourd, rythmiquement imparable, armé de plusieurs mélodies qui se chahutent, dont celle d’une voix cuttée et incompréhensible, ce hit – car c’en est un – n’est pas isolé au sein de ce disque délicieusement sombre, intimidant parfois, voire apocalyptique. En effet, c’est en ‘Double Cross’ et surtout ‘Cruel Sport’, bâtis sur une même base bien que moins directs, qu’il trouve indubitablement deux adversaires à sa taille.

Mais réduire ‘Dumb Flesh’ a une poignée de titres coups de poings serait trop vite le résumer, et surtout mal connaitre l’étendue du talent de Benjamin Power, capable également de préférer l’ambient gentillet à la puissance sans déséquilibrer son oeuvre (‘Atrophies’). En effet, même ici dans ses moments plus introspectifs, certes moins marquants, Blanck Mass tisse une logique implacable en usant des mêmes ficelles horrifiques comme empruntées à John Carpenter, et en entretenant sans cesse un flou artistique aussi captivant qu’oppressant. Prenez ‘Lung’: seule véritable respiration de ce disque, il finit de nous saisir quand ses samples vocaux hésitent entre orgasme et gémissements de nouveau-né.

Certes, le parallèle est malsain, mais c’est sur cette balance entre obscurité et lumière, et dans l’entretien du contraste, que Power nous berce ici, comme pour constamment tester nos limites, jouer avec les nerfs, et défendre le thème principal de son album: la fragilité du corps humain dépendant de son héritage génétique. Cela, jusqu’au spacieux ‘Detritus’ final qui se décide enfin à s’ouvrir et monter les étages après trois minutes de drone bruitiste aussi insupportables qu’essentielles pour que le morceau s’élève. C’est certain, si on avait su qu’on trouverait en ‘Dumb Flesh’ le parfait degré de masochisme et le premier stade de notre décomposition, on se serait passé de pas mal de souffrances inutiles jusque-là.

‘Dead Format’, ‘Cruel Sport’, ‘Detritus’

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