Bibio – « Ambivalence Avenue »

bibio180Album
(Warp)
29/06/2009

Incontestablement, 2009 est une année Warp. Alors que le label vient de fêter son vingtième anniversaire (dignement célébré à la Cité de la Musique à Paris en mai dernier), les sorties plus étonnantes les unes que les autres ne cessent de se multiplier. On pense bien sûr au somptueux ovni de Grizzly Bear, «Veckatimest», au dernier projet de Mark Pritchard, Harmonic 313, ou encore à la troisième bombe rock de Maxïmo Park. Mais cette année marque aussi l’arrivée au sein du crew anglais d’un nouveau prodige d’origine américaine qui n’a pas fini de nous en mettre plein les oreilles… Bienvenue dans l’univers de Stephen James Wilkinson aka Bibio, débutant sa collaboration avec le label de Steve Beckett sous la protection bienveillante de ses confrères et amis Boards of Canada et Chris Clark, dont on ne manquera pas de repérer ça et là les influences dans ce nouvel «Ambivalence Avenue». Un univers qui décoiffe, rafraîchit et éveille les sens grâce à une ingéniosité sans bornes et des mélodies à couper le souffle.

L’album se décline telle une palette de couleurs en 12 tracks au grain unique, à la fois urbains et bucoliques, vintage et modernes, limpides et mystérieux, tantôt chantés, tantôt purement instrumentaux… Une réunion d’antagonismes très fluide qui fait de Bibio un artiste à part en ce qu’il a compris comment faire passer des émotions très diverses et complexes au travers de sa musique, confectionnée à partir de vieux samplers, micros et dictaphones pour un résultat chargé de vie et d’histoire. Deux éléments se révèlent omniprésents dans les productions très «écolos» de ce dernier-né de l’écurie Warp: la nature et les influences musicales qui ont jalonné son parcours hybride. Bibio définit lui-même ce nouvel opus comme un «almanach artistique qui reflète la diversité de [ses] goûts musicaux». Ainsi, alors qu’un folk cristallin et enthousiaste se dégage de plusieurs titres («Ambivalence Avenue», rythmé par une association d’accords de guitare et de hand claps, «The Palm Of Your Wave», déclenchant une émotion à fleur de peau difficilement contrôlable, ou l’acoustique «Lovers’ Carvings» léger comme une plume), le flamboyant «Jealous Of Roses» est digne du meilleur funk groovy des années 70, tandis que «Fire Ant» renferme une production hip-hop furieusement efficace à la J-Dilla, sur laquelle on verrait bien débarquer le flow d’un Common! Le producteur n’a pas non plus oublié l’électro, une sœur qu’il partage avec Chris Clark et la plupart des Warpeux. Elle s’intègre elle aussi parfaitement au paysage subtil d’«Ambivalence Avenue» sur des morceaux un brin plus sombres mais non moins allégoriques et saisissants (l’hypnotique «Sugarette», le saccadé et dissonant «S’Vive» ou le très expérimental «Dwrcan», qui clôt l’album sur une touche résolument Warp).

Si l’on devait décerner une palme à un titre de cet album extraordinaire, elle reviendrait sans doute au magique et poétique «Haikuesque (When She Laughs)» qui fera chavirer plus d’un cœur avec ses samples de bruissements de ruisseau. Mais il est inutile d’ajouter des mots à ce stade, qui deviendraient vite superflus et fades pour décrire l’immense œuvre d’un Bibio qui utilise un langage beaucoup plus riche que la parole. Pour comprendre tout ce que procure cette avenue d’ambivalences, il ne vous reste plus qu’à faire goûter ce disque à votre platine et à profiter pleinement du voyage…

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Une réponse à Bibio – « Ambivalence Avenue »

  1. benoit 17 juillet 2009 à 18 h 21 min #

    Je partage ton enthousiasme ! Un de mes albums de l’année pour le moment !

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