Beck – ‘Morning Phase’

Album / Capitol / 24.02.2014
Pop

A regarder le chemin parcouru par Beck depuis plus de vingt ans, difficile de ne pas saluer ses perpétuelles prises de risque qui, à l’aube de chaque album, le rendent si imprévisible. Bien que conscient que son public ne le suivra pas toujours dans ses choix, le bonhomme a sans cesse refusé les concessions, préférant la chère liberté de pouvoir réaliser le moindre de ses fantasmes musicaux. Puis, toujours, son talent a fait le reste, jusqu’à l’installer définitivement dans la (très) petite cour des figures incontournables de la musique contemporaine ou l’échec est pardonné, ou les plus belles réussites relèvent du génie.

Parce qu’il n’est finalement pas toujours facile de trouver l’originalité quand on a déjà fouillé dans les moindres détails de la pop, du folk, du hip hop, du RnB, du psyché, du jazz, de l’indie rock, de la country, ou du blues, ce douzième album voit Beck revenir à quelques amours d’antan, ceux qui – en 2002 – faisaient déjà la beauté de ‘Sea Change’. Logique quand on sait que lui-même considère ‘Morning Phase’ comme la suite de cet album encore incontournable aujourd’hui. A la fois triste, sensible et fragile, le songwriter délaisse donc les mariages inattendus qui ont parfois fait son fond de commerce pour laisser l’émotion et la mélancolie jaillir de chacune des notes de ces treize titres fleurant bon la Californie des seventies (‘Say Goodbye’).

Bien aidé par des arrangements de bon goût (xylophone, banjo, piano…), de riches textures, et des orchestrations jamais trop pompeuses pour ne pas le dévier de son objectif, il livre ainsi une salve de compositions pop-country aussi belles que nonchalantes, usant – sans abuser – d’assez d’intimité et de proximité pour en devenir touchantes (‘Morning’, ‘Don’t Let It Go’, ‘Country Down’). Alors, entre la chaleur boisée de l’acoustique, un groove bien tapi en fond, et des harmonies lumineuses (‘Heart Is a Drum’), Beck s’adonne à ce que beaucoup de ses fans attendaient de lui depuis longtemps: une véritable démonstration de mélodiste transgénérationnel qui l’amène à marcher sur les plates bandes de prestigieux aînés, parmi lesquels Nick Drake ou Neil Young, comme de contemporains de la trempe de The Shins (‘Blue Moon’, ‘Waking Light’).

Six ans après ‘Modern Guilt’, en optant pour un retour à un certain classicisme, à des morceaux épurés et introspectifs, Beck trouve donc l’originalité dans un énième contre-pied. Alors que certains de ses adeptes s’attendaient à combler leur manque de bizarreries indie, l’ange blond leur offre plutôt la bande son d’un doux réveil, avant de s’en retourner mettre les dernières touches à un autre nouvel album placé sous le signe de collaborations, et d’ores et déjà annoncé pour cette année.

‘Morning’, ‘Say Goodbye’, ‘Blue Moon’, ‘Waking Light’

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