Beauty Pill – ‘Beauty Pill Describes Things As They Are’

Album / Butterscotch / 21.04.2015
D.C. will do that to you too

Durant les années 90, soit sûrement les plus productives et intéressantes de son activité, le label Dischord a eu la chance de croiser la route de Smart Went Crazy. Evidemment originaire de Washington D.C., le groupe laissait parler sa singularité au sein du catalogue comme de la scène indie rock US toute entière, grâce notamment au violoncelle qui offrait une couleur très particulière à son mélange de slow core et de post punk. Séparés en 1998, peu de temps après avoir sorti un ‘Con Art’ qu’on vous conseille d’écouter tant il peine toujours à prendre des rides, ses membres se sont ensuite éparpillés, laissant Chad Clark (voix) et Abram Goodrich (basse) se retrouver au sein de Beauty Pill afin de poursuivre leurs expérimentations musicales et signer ‘The Unsustainable Lifestyle’ (2004), un premier album sorti sans grand retentissement tant son manque d’homogénéité eut sans cesse raison de son originalité.

Chad Clark miraculeusement libéré de sa cardiomyopathie qui lui valu une opération à coeur ouvert en 2008, Beauty Pill est de retour, habité de belles ambitions si l’on en croit ce nouvel album qui – à défaut de pouvoir compter sur Goodrich – peut cette fois se reposer sur Devin Ocampo, ex batteur de Faraquet. Parfaitement produite, cette deuxième salve transpire non seulement les envies expérimentales du groupe, parfois une joie de vivre bien compréhensible, mais aussi la nostalgie de réentendre un frontman qui n’a rien perdu de sa science mélo-mélancolique (‘Drapetomania’, ‘The Prize’), et qui invite manifestement ses compères à fourmiller d’idées. Parce que ce disque n’en manque pas, loin de là tant il laisse même imaginer toute l’ampleur du travail abattu, le nombre de cheveux arrachés au moment du mixage (‘Dog With Rabbit In Mouth Unharmed’, ‘When Cornered’, ‘For Pretend’).

Armé de douze compositions pour le moins luxuriantes donc, l’album fourmille de détails hérités des instruments comme d’une multitude d’arrangements possibles qui, constamment dans la juste mesure, interviennent toujours pour le bien du morceau. Tel un bric à brac cette fois parfaitement ordonné, ‘Beauty Pill Describes Things As They Are’ use de ses cordes, cuivres, synthés, et fines sonorités électroniques pour donner le tournis, surprendre, épater même parfois. Souvent aussi, de par la mixité du chant, un groove intact (’Near Miss Stories’), ou l’association voix/violoncelle de ‘Ain’t a Jury In The World…’, il offre surtout aux vieux fans la sensation de dévoiler une version futuriste d’un Smart Went Crazy libre, à qui tout serait enfin permis, y compris quelques pointes de world music.

Dans cette dynamique, Beauty Pill en profite pour rappeler à quel point il est un ensemble intelligent, tant du point de vue musical à voir comme il parvient à canaliser toute sa richesse, que de celui des paroles permettant à Clark de les teinter – au delà de la maladie et de la mort – de sujets lourds, politiques ou sociaux, sans pour autant sombrer dans le glauque. On pense alors aux belles heures du TV On The Radio innovant (‘Afrikaner Barista’) et, quand on se surprend à pousser le volume pour l’apprécier jusqu’à cette ultime reprise de Lungfish ou Clark répète ‘this is the last song i sung’, on ne peut s’empêcher de mesurer la chance de pouvoir faire tourner sur nos platines un tel album qui aurait pu ne jamais voir le jour.

‘Afrikaner Barista’, ‘Ain’t a Jury In The World Gon Convict You Baby’, ‘The Prize’, ‘Dog With Rabbit In Mouth Unharmed’

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