Baths – « Obsidian »

Album
(Anticon)
28/05/2013
Poptronica

Une huître peut contenir une perle. « Cerulean« , le premier album de Baths, en comptait douze. Dire que la barre était placée bien haute avant la composition de son successeur serait donc un criant euphémisme, si ce n’est un obstacle paradoxal pour cette étape pourtant aussi inévitable qu’attendue. Dans le cas présent, faire « moins-bien-mais-pas-trop » suffirait à nous sustenter, nous autres auditeurs déjà conciliants et prêts à avaler les idées magiques de ce one-man band electronica.

Nos souhaits ont visiblement été entendus dès « Worsening », entame plutôt rassurante et preuve bien vivante que l’américain n’a pas laissé au placard son aptitude à mêler les émotions humaines à l’électronique. « Obsidian » n’est pas pour autant une suite: là où son premier opus demandait au moins trois écoutes pour seulement commencer à s’en imprégner et finir par l’adorer, cette nouvelle salve se montre définitivement plus pop, plus directe et immédiatement assimilable. Inévitablement, le lover décline ses poésies amoureuses à travers des romances qui deviendraient franchement godiches sans cette volonté de remplir les espaces avec des micro-détails glitchy, ces craquements et poussières qui ne font finalement que donner du cachet à sa voix (« Ironworks », « Incompatible »).

Toujours organique, sa musique laisse ainsi apparaître derrière son voile expérimental une espèce de naïveté capable de se transformer en génie à chaque détour, même si Baths ne privilégie plus la superposition des éléments et noie beaucoup moins le chant dans les arrangements, préférant ici pousser sa voix au premier plan pour mieux partager des thèmes symptomatiques d’une certaine schizophrénie. En partant du postulat qu’amour et mort sont deux sujets antagonistes parfois abordés à quelques minutes d’intervalle, « Obsidian » devient alors une succession de suicides teintés d’espoir, suivis de formidables résurrections, sans jamais tomber dans la déprime.

Notez d’ailleurs le contraste notoire entre l’agréable bleu cyan de son premier disque et cette nouvelle pochette résolument sombre. Heureusement, Baths ne s’enferme pas dans une cellule grisâtre et laisse toujours une fenêtre ouverte vers d’autres perspectives bien plus rassurantes, grâce à une mélancolie omniprésente, comme sur la marche militaire « No Eyes » ou le carrément saturé « Ossuary ». A 24 ans seulement, l’artiste précoce semble habité par un esprit empli de contradictions et de questions, des sentiments profondément humains, traduits sur des morceaux saisissants (« No Past Lives » notamment).

Appelé à défendre ce nouvel album sur scène, Baths a aussi compris qu’il devait simplifier et durcir le tempo pour pouvoir s’entourer d’un groupe et donner des concerts plus intelligibles. Ainsi, même s’il n’est pas forcément représentatif du reste, « Miasma Sky » est un premier single qui, à la manière de Gold Panda, a le mérite de regarder le dancefloor d’un œil certain. De la même manière, l’uptempo « Phaedra » rappelle parfois Radiohead, tandis que « Earth Death » est une magnifique descente aux Enfers, ardue et extrêmement dark, prouvant une fois encore la volonté du producteur de nous faire danser sans jamais nous dire si l’on doit pleurer de joie ou de tristesse…

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