Autechre – « Oversteps »

autechre180Album
(Warp)
22/03/2010
IDM

Année de festivités pour le label Warp à l’occasion de ses 20 ans, 2009 a également été une année de découvertes du côté du label anglais, centrée sur la nouvelle génération d’artistes de l’écurie de Sheffield, à l’instar de Tim Exile, Bibio ou encore Hudson Mohawke. Mais nous avions pressenti que 2010 serait marquée par le retour des pionniers du label sur la devant de la scène. Si nous attendons toujours un signe de vie de l’hypothétique nouvel album d’Aphex Twin, la sortie du dixième album d’Autechre va incontestablement nous aider à patienter encore. Car ne l’oublions pas, le duo, ayant rejoint le label de Steve Beckett et Rob Mitchell en 1992, est autant un pilier warpien qu’une institution de la musique électronique. Apprêtons-nous donc à voir encore couler beaucoup d’encre sur cette nouvelle galette de Sean Booth et Rob Brown, dans une logique de quête de sens presque toujours vaine autour d’une musique, certes très cérébrale, mais qui ne demande qu’à être ressentie, et non intellectualisée.

Tel sera notre point de départ pour vous parler d’ »Oversteps »: ne pas chercher à définir l’indéfinissable mais se laisser plutôt porter par l’abstraction et la déstructuration paroxystiques qui ont toujours caractérisé les compositions d’Autechre. Ce dixième opus s’inscrit dans la parfaite continuité de la longue discographie des anglais, gorgée d’électro arithmétique, glaciale, synthétique, qui a participé à bâtir le concept médiatique d’ »Intelligent Dance Music ». En purs créateurs, Sean Booth et Rob Brown ne cherchent ni à plaire ni à rassurer: ils défendent simplement leur musique de A à Z, en immortalisant la puissance des machines. « Oversteps » s’ouvre sur un cosmique et ambient « R Ess », d’un calme et d’une fluidité presque déconcertants. Mais dès « Ilanders », Autechre renoue avec ses juxtapositions improbables et éreintantes, véritables collages surréalistes musicaux (« Os Veix3″, « St Epreo », « Yuop »). Le duo n’hésite d’ailleurs pas à accentuer le déboussolement de son auditoire, comme sur le trompeur « Qplay », cachant une électro des plus tranchantes sous des airs de berceuse douce et mélodique rappelant Boards Of Canada. Au-delà de ces titres si emblématiques qui ravagent les méninges et font voler en éclat les conventions, on retiendra plus particulièrement la singularité du merveilleux « Known(1) », sorte de cantique triste et éraillé aux nappes d’orgue désaccordé, la puissance minimaliste de « Treale », ou l’incitation à une danse cathartique de l’affuté « D-Sho Qub ».

« Oversteps » est ainsi bien la preuve qu’après presque 20 ans de carrière, Autechre continue de surprendre, d’interroger, d’imposer une musique parfois insupportable de dissonance (« See On See », « 0=0″), en assumant toujours jusqu’au bout, et en suscitant l’admiration de grands talents à l’instar de Björk ou Thom Yorke. C’est certainement à cela que l’on reconnaît les vrais artistes. Ceux qui ne lâchent jamais rien de leur engagement pour la liberté artistique. Ainsi, à l’instar d’une toile de Jackson Pollock, « Oversteps » renferme une musique dont le sens n’appartient qu’à ses auteurs, et qui laisse l’immense liberté à tout un chacun d’y projeter ce qu’il souhaite.

Disponible sur
itunes27

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