Angel Olsen – ‘My Woman’

Album / Jagjaguwar / 02.09.2016
Pop multi-facettes

Depuis son premier EP ‘Strange Cacti’ (2010), Angel Olsen se traîne l’image de la chanteuse torturée, aux histoires sordides faites de deuils et de ruptures. Sur fond de guitare sèche, évidemment. Qu’importe si son dernier album ‘Burn Your Fire For No Witness’ (2014) alternait les compositions aériennes ou saturées – en gros, loin du cliché folk – le mal était fait. Et bien à sa peine, la native de St Louis, Missouri, s’est aussi coltinée les plaisanteries inhérentes à cet encombrant cliché. ‘Va te faire foutre‘, avait-elle d’ailleurs fini par rétorquer, excédée, à un animateur radio qui lui avait demandé ce que cela faisait d’être ‘une fille au fond du trou’.

Comme pour piétiner pour de bon le poncif de la Chan Marshall bis, c’est le single ‘Intern’ qui est venu annoncer la sortie imminente du troisième album d’Angel Olsen. Un titre sans guitare, seulement porté par un synthé eighties et la voix à la fois grave et cristalline de son auteure. Une petite révolution déjà à l’œuvre chez son ami Kevin Morby, et marquée par l’envie d’élargir considérablement un champ musical jugé jusqu’ici trop réduit.

Tour à tour pop 60’s (‘Never Be Mine’, ‘Heart Shaped Face’), rock 90’s (‘Shut Up Kiss Me’, ‘Give It Up’, ‘Not Gonna Kill You’) ou soul (‘Those Were The Days’, ‘Woman’), ‘My Woman’ est un jeu de piste dans l’histoire musicale de l’Amérique. Comme si les Shangri-Las montaient en voiture avec Liz Phair et Diana Ross pour évoquer chacune leur rapport complexe aux hommes. A mille lieux du patchwork grossier, ou du pastiche embarrassant, le disque impressionne surtout grâce à la voix d’Angel Olsen, plus complexe et aventureuse encore que par le passé. Fini la jeune femme blessée des premiers enregistrements lo-fi, celle qui vit désormais à Chicago s’affirme par l’incarnation d’autant de situations et d’émotions qu’il y a de partis pris sur son nouveau disque.

En bref, ‘My Woman’ est l’album de multiples confirmations. D’abord, Olsen y portent fièrement ses nouvelles influences et ambitions musicales, déterminée à piétiner les idées reçues à son encontre. Ensuite, parce qu’il est de loin le plus réussi qu’elle ait produit. ‘I’ll be the thing that lives in the dream when it’s gone‘ chante-t-elle à la toute fin de ‘Pops’, son dernier titre. Nous voilà obligé de la croire : quelques-uns de ses dix nouveaux morceaux sont amenés à hanter nos nuits pour un moment.

‘Shut Up Kiss Me’, ‘Give It Up’, ‘Heart Shaped Face’, ‘Sister’, ‘Pops’

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