Aloe Blacc – « Good Things »

aloe180Album
(Stones Throw)
27/09/2010
Soul

Après avoir débuté sa carrière en rappant au sein d’Emanon, duo qu’il formait avec Exile, Aloe Blacc a véritablement vu son destin basculer lorsqu’il a rejoint Stones Throw en 2006 pour y sortir l’album « Shine Through » qui, déjà, ne manquait pas de mettre en lumière certaine facettes de son talent que « Good Things » va définitivement faire éclater au grand jour. C’est une évidence tant une unanimité quasi systématique est de rigueur chez tous les acteurs du milieu musical lorsqu’il est question de ce nouvel opus, parfaitement introduit par le magistral hit « I Need a Dollar », lancé sur les ondes et sur le net il y a quelques mois pour finir en générique de la série « How To Make It In America » diffusée sur HBO.

Mais qu’en est-il du reste? Il est en effet trop facile de résumer un artiste à un seul morceau, aussi bon soit-il. Et ce serait vraiment dommage ici, tant la performance d’Aloe Blacc est époustouflante. Bien entouré par des cadors du genre – l’équipe Truth & Soul (Leon Michel et Jeff Siverman) s’occupe de la production tandis que El Michels Affair ou The Expressions se chargent d’exécuter la partition – il peut laisser libre cours à ses inspirations, s’approprier les différents courants et styles qui ont fait l’histoire de la soul, plutôt que de faire du neuf avec du vieux à coup de vernis grossier. Du gospel au rythm’n’blues, il modernise à chaque fois ses références (« Green Lights », « Momma Hold My Hand », « You Make Me Smile »), et quand il lorgne vers le funk (« Hey Brother »), il évite de céder à la tentation d’en faire trop dans son chant. Car ses capacités vocales ont beau être bluffantes, c’est surtout dans sa façon de les contrôler qu’Aloe devient brillantissime. Pour preuve, on reste subjugué par la virtuosité avec laquelle il reprend et sublime le « Femme Fatale » du Velvet Underground, ou par son interprétation chaleureuse et tout en nuances de « Take Me Back ». Que dire aussi du somptueux et subtil « If I », dans lequel l’émotion du chanteur n’est pas sans rappeler la capacité à incarner les sentiments d’un Sam Cooke. Enfin, le fort discours social qu’il relaye dans ses titres – très critiques vis à vis du système américain – donne encore plus de relief à ce « Good Things », notamment lorsqu’il fait passer ses prises de position toute en délicatesse, que ce soit dans « Miss Fortune » ou « So Hard ».

Alors que d’autres artistes réutilisent allègrement les codes des sixties, Aloe Blacc les réinvente, donnant ainsi un coup de jeune à la soul en la faisant entrer de plein pied dans le nouveau millénaire. Personne avant lui n’avait aussi bien trouvé cette alchimie entre une époque révolue qu’on essaie de réhabiliter, et une vraie modernité chargée de sensibilités contemporaines. Il livre au final un véritable chef d’oeuvre qui, avec un peu de recul, pourrait avoir le même impact que le « What’s Going On » de Marvin Gaye dans l’histoire de la musique. Mais, par sa capacité à s’adapter à tous les styles, c’est surtout au grand Otis Redding qu’il nous fait penser. Espérons seulement qu’il n’aura pas une carrière aussi courte et qu’il nous enchantera encore longtemps. C’est peu dire que « Good Things » est d’ores et déjà un classique. Mieux: un disque majeur de ce début de siècle.

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