Aesop Rock – ‘The Impossible Kid’

Album / Rhymesayers / 29.04.2016
Hip hop alternatif

L’évolution constante du hip hop ne laisse pas beaucoup aux moins jeunes l’opportunité de durer, à moins que ceux-ci – au fil de leur parcours – soient devenus de ces véritables figures ayant aidé à écrire un chapitre de son histoire. Si c’est incontestablement le cas d’Aesop Rock dont la carrière désormais haute de vingt piges l’a vu contribuer à l’approche alternative des années 2000, et collaborer avec les artistes les plus influents du mouvement (El-P en tout premier lieu durant les années Def Jux), Ian Bavitz n’est pas exempt pour autant du questionnement qui habite tout individu sur le point d’aborder la quarantaine. C’est même le panorama offert par ce grand tournant de sa vie qui fait toute la teneur lyrique de ‘The Impossible Kid’, son septième album.

Dépression, relations familiales parfois difficiles, déménagements successifs sont autant de thèmes décrits et analysés par un artiste adulte et mature, doté du vocabulaire le plus riche du circuit si l’on en croit l’étude récemment menée par Poly-graph. Voilà qui peut paraître secondaire pour nous français, un peu perdus dès lors qu’on s’éloigne du traducteur et de la lecture des paroles. Mais c’est là tout le talent d’un Aesop Rock qui, pour la première fois ici (‘Blood Sandwich’), les ouvre à l’humour et à l’intime : sans jamais se montrer prétentieux ou élitistes, et même quand on ne les comprend pas forcément (c’est parfois aussi le cas des américains parait-il), ses mots transpirent la matière grise, nourrissent la conscience des fervents amateurs de ce hip hop qui ne perd jamais de vue son autre tenant : sa redoutable efficacité (‘Rabies’, ‘Water Tower’).

Comme pour ‘Skelethon‘ il y a quatre ans, Aesop Rock a pris en charge l’intégralité du travail de production. Couplé à son flow métronomique (‘Get Out Of The Car’, ‘Defender’), toujours en harmonie avec le sujet abordé et à l’ambiance désirée par Bavitz, il s’inscrit comme la suite logique de son oeuvre toute entière, ce que ne manqueront pas de lui reprocher ses détracteurs passés entre temps du côté plus entertainment du hip hop. Sans surprise, ‘The Impossible Kid’ n’a pas pour but d’élargir la base fan du Mc, il la conforte en lui servant rien de plus que ce qu’elle attend, en un bloc parfois trop compact et homogène, mais qu’importe.

A l’instar de Run The Jewels ou Sage Francis, Aesop Rock occupe historiquement ce créneau de l’indie rap riche en sonorités rock (‘Dorks’, ‘Molecules’) ou piquées à la science fiction (‘Supercell’, ‘Kirby’), et ne trouve pas plus de raisons valables de migrer qu’en avaient les rois du boom bap il y a vingt ans, quand toute une génération de Mcs et producteurs avides d’expérimentations sont subitement venus les bousculer. Comme ses vieux compères suscités, Aesop Rock incarne toute une époque du hip hop à laquelle il reste non seulement fidèle, mais qu’il s’emploie aussi à rendre toujours intemporelle. Comme ses prédécesseurs, ‘The Impossible Kid’ y parvient tout en faisant du passage à la quarantaine une formalité. Rassurant à tous les niveaux.

‘Rings’, ‘Dorks’, ‘Water Tower’, ‘Defender’, ‘Molecules’

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