Aesop Rock – « Skelethon »

aesop180Album
(Rhymesayers)
10/07/2012
Knock Out

C’est une réelle injustice que, depuis ses débuts au milieu des années 90, le nom d’Aesop Rock ne soit pas encore connu de tous. Dissimulé sous une épaisse et brillante couche de Mcs médiatisés avec lesquels il a néanmoins toujours pris soin de garder ses distances, Ian Bavitz ne s’est jamais contenté de peu, que ce soit dans son travail d’écriture – assez profond pour être publié dans le New York Times – ou de production, un domaine ou il affiche à chaque album sa nette progression. Parce que, même quand on n’entend plus parler de lui, Aesop Rock avance, travaille, pour lui, pour les autres, avec les autres.

Le géant new yorkais – désormais exilé en Californie – n’a donc pas chômé depuis 2007 et la sortie de « None Shall Pass« , son dernier album solo en date. Au delà de quelques tournées, des quelques musiques de court-métrages qu’il a signé, des collaborations qu’il a honoré (Felt, Hail Mary Mallon, Dirty Ghosts, The Uncluded avec Kimya Dawson…), il s’est surtout appliqué à faire de ce « Skelethon » le meilleur album de sa discographie: un argument exagérément utilisé dans les sphères du marketing musical, mais qui se vérifie pleinement une fois cette quinzaine de titres avalés, digérés. N’ayons donc pas peur de la comparaison: s’ils avaient tout deux été produits à la même époque et à armes égales, « Skelethon » et l’indétrônable « Labor Days » (produit par Blockhead) seraient bien difficiles à départager.

Voilà qui sonne comme un véritable aboutissement quand on sait que Bavitz a entièrement produit ce nouvel essai, l’enrichissant seulement des sympathiques contributions de Allyson Baker (Dirty Ghosts), Hanni El Khatib, Rob Sonic, et de son fidèle Dj Big Wiz. Qualifié « Skelethon » d’album personnel est donc un doux euphémisme, plus encore quand on saisit que l’ambiance sombre et oppressante qui l’enveloppe d’un bout à l’autre prend racine dans le décès d’un ami en 2008, un mariage raté, et toutes les idées noires qui peuvent parfois les accompagner. On compatit, mais il faut bien avouer que c’est souvent dans ses ultimes retranchements, et quand l’heure est grave, qu’Aesop Rock s’est montré le plus efficace et convaincant. Nouvelle preuve.

Ici, drapé d’autant de culpabilité (« Gopher Cuts », final galactique) que d’assurance (le single « Zero Dark Thirty »), armé de sa voix inimitable, de son flow fluctuant au point d’en devenir mélodique, de son phrasé haut débit nécessitant une lecture approfondie des lyrics pour tout non-anglophone, il triture ses méninges sans ménagement, et leur flanque un décor musical dont lui seul pouvait mesurer toute la justesse. Alors, dans le glauque et le noir, finalement tout s’éclaire, s’imbrique avec un naturel déconcertant et – toute notion de temps exclue – rappelle l’enthousiasme général que feu-Def Jux et son leader El-P savaient souffler sans faillir il y a déjà dix ans (« Leisureforce », « Homemade Mummy »).

Ce dernier, récemment auteur d’un excellent « Cancer 4 Cure » que l’on s’apprêtait à élire comme le meilleur album de l’année, se fait d’ailleurs franchement bousculer tout au long d’un « Skelethon » qui multiplie les uppercuts jusqu’à le détrôner. Parmi les plus fatals, « ZZZ Top » déborde d’efficacité, « Ruby 81 » montre un pouvoir émotionnel tel qu’il coupe le souffle tout en se passant du moindre beat, « Racing Stripes » demande de la dynamique dans le jeu de jambes, avant que les riffs de « Grace » ne viennent définitivement trancher dans le vif. Victoire par KO, et sans appel. Chef d’oeuvre.

Album également disponible en version instrumentale

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