Lee Fields & The Expressions – ‘Emma Jean’

Album / Truth & Soul / 02.06.2014
Soul

Depuis que le label Truth & Soul l’a sorti de la profonde indifférence dans laquelle il était injustement tombé pendant plusieurs décennies, Lee Fields – à l’instar de Charles Bradley – n’en finit plus de prouver qu’il est un des rares chanteurs soul encore capables de défendre l’âme d’une musique dont l’essence coule manifestement dans ses veines. Alors que beaucoup tentent de prendre le train en marche, de remonter le temps en tentant d’adopter le son d’antan, souvent en vain à voir la difficulté qu’a leur musique à traverser les années, Lee Fields – lui – s’impose en maitre, incarne ces sixties qu’il préfère emmener avec lui plutôt que d’aller les chercher. Pour l’aider, le crooner peut toujours compter sur The Expressions, cette exceptionnelle génération de jeunes musiciens à qui il n’a jamais eu besoin d’inculquer quoi que ce soit (l’instrumental ‘All I Need’ en atteste).

Troisième album depuis sa résurrection, ‘Emma Jean’ n’est donc pas seulement une nouvelle salve soul de haute facture. Il est aussi le reflet de l’incroyable osmose qui règne entre le chanteur et ses descendants, de la force d’une collaboration qui fonctionne incontestablement à double sens. En effet, Lee Fields a beau être l’ainé adulé, le maitre à bord, ces onze titres lèvent les derniers doutes quant à sa volonté de faire évoluer sa musique sans jamais compromettre cette authenticité lui assurant la sacro-sainte intemporalité. Ainsi, si le chanteur récite ici parfaitement – et le plus naturellement du monde – les basiques d’une soul couvrant autant le funk rythmé (‘’Standing By Your Side’, ‘Talk To Somebody’) que les magnifiques ballades pleines de sagesse et de sérénité (’Eye To Eye’, ‘’Stone Angel’, ‘Don’t Leave Me This Way’), il s’offre également – grâce à son backing band et quelques collaborations inattendues – de légères déviations musicales qui permettent à sa nouvelle oeuvre de se distinguer des précédentes tout en ne dépaysant jamais.

En effet, bien fondus dans le moule de ce ‘Emma Jean’, quelques accents country blues se taillent part exemple une part du lion grâce à Dan Auerbach, ici auteur de ‘Paralyzed’. Néanmoins, le Black Keys – et sa tendance à cannibaliser les albums sur lesquels il apparait – reste discret, s’efface même devant un groupe qui n’a manifestement besoin de personne pour varier ses plaisirs. C’est en tous les cas ce que confirment ‘Magnolia’ (reprise de JJ Cale à l’émotion décuplée), ou l’irrésistible groove nonchalant de ‘In The Wood’. Faussement vulnérable, passionnant dans ses reflexes parfaitement mesurés à faire évoluer la musique qu’il vénère, Lee Fields offre une nouvelle fois ici une véritable démonstration, une énième preuve que – en la matière – sa génération à lui restera à jamais inégalable. Un grand disque.

‘Magnolia’, ‘Eye To Eye’, ‘In The Woods’, ‘Stone Angel’

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