Zola Jesus – ‘Okovi’

Zola Jesus – ‘Okovi’

Album / Sacred Bones / 08.09.2017
Pop cathartique


C’est depuis 2009, sous le nom de Zola Jesus, que Nika Roza Danilova met en application ses nombreuses années de cours de chant lyrique, trésor qu’elle enveloppe depuis toujours d’un voile sombre et gothique, tissé à grand renfort d’influences cold wave et pop expérimentale. Longtemps associée au label Sacred Bones dont la maitrise des musiques marginales n’est désormais plus à prouver, la demoiselle lui a fait faux bond il y a trois ans en sortant chez Mute le contesté ‘Taiga’ : un album plus lumineux, bâti dans la foulée de ‘Conatus’ qui, déjà, trahissait un besoin de s’extirper des profondeurs les plus noires ou sa voix était seule lumière.

‘Okovi’ voit donc Zola Jesus repiquer du nez, comme poussée par le contexte dans lequel ce cinquième album a peu à peu vu le jour alors que, autour de la demoiselle, des proches se battaient pour la vie quand d’autres tentaient d’y mettre fin. Porté de fait par de longues réflexions sur la perte et la réconciliation au sein d’une nature qui fait bien ce qu’elle veut de l’Homme, le disque renoue avec la contradiction magique des débuts de Zola Jesus, donc avec ce contraste saisissant entre l’obscurité des compositions et ces traits de lumière tracés par la voix de Danilova.

C’est dans cet univers cathartique – bâti aux côtés du producteur WIFE, du fidèle multi instrumentiste Alex DeGroot, ainsi que d’un percussionniste et d’une violoncelliste – que Zola Jesus nous conduit droit aux émois. Et cela, que sa musique se consomme sur plusieurs plans alors que la fine équipe communie (l’oppressant ‘Exhumed’), qu’elle signe certains de ses morceaux les plus tubesques (‘Soak’, ‘Siphon’, ‘Wiseblood’), qu’elle se transcende et s’illumine dans la noirceur au point d’en paraitre guillerette (l’electro de ‘Veka’, la synth-pop de ‘Remains’), ou qu’elle renoue avec les ambiances symphoniques de ‘Versions’ en ne s’en remettant qu’aux cordes de Shannon Kennedy pour nous mener définitivement à l’hypnose (‘Ash to the Bone’, ‘Witness’).

De ‘Doma’, plongée abyssale introductive, jusqu’à ‘Half Life’, conclusion belle et glaçante aux allures toutes cinématographiques, ‘Okovi’ se révèle être – tout comme chacun de ses prédécesseurs – un disque aussi chaleureux que dérangeant, qui happe ou révulse sans jamais laisser indifférent, qui vous arrache un regard affectueux lorsqu’il vous passe la corde au cou. Il est surtout le témoignage d’une artiste qui a définitivement appris l’acceptation de la vie avec ses hauts et ses bas, donc de la mort aussi.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Exhumed’, ‘Soak’, ‘Witness’, ‘Siphon’, ‘Wiseblood’, ‘Half Life’

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