Zero – « Joke Box »

Joke Box[Album]
15/10/2007
(Ici d’Ailleurs/Differ Ant)

Lorsqu’il s’agit de noise à la française, la référence Bastard n’est jamais très loin. Pour preuve, ces dix dernières années d’absence n’auront pas effacé le combo lyonnais de la carte musicale hexagonale. Au point que nombre des anciens admirateurs du groupe se seront rués sur le récent « Yet Reloaded« , ultime trace sonore du monument qu’il fut, si ce n’est pas sur le projet Spade & Archer qui en découle. Bien qu’involontairement, et heureusement pour les musiciens que cela concerne, le qualificatif « ex Bastard » que l’on pose systématiquement sur leur parcours est devenu un argument « marketing » indéniable. Ainsi, il était difficile de faire l’impasse sur Zëro, témoin de la grande inspiration de ces lyonnais dont la source semble encore aujourd’hui inépuisable

Qu’on se le dise, et même s’il se montre plus accessible que Bastard, Zëro n’en est pas pour autant la suite logique. Les acteurs sont sensiblement les mêmes, mais on nous sert là un scénario bien différent. Ce qui ne paraît pas forcément évident sur le « Big Screen/Flat People » d’ouverture (ou, plus tard, sur « Derby ») dont on apprécie l’ambiance à l’intensité sous-jacente, comme si le chaos était sur le point d’éclater sans pourtant qu’il ne daigne se pointer. C’est donc véritablement sur les superbes « Go Stereo » et « The Desire And The Importance Of Failing » que Zëro montre enfin son vrai visage. Lorsqu’il étale un post rock lumineux d’une finesse mélodique et rythmique qui ne peut laisser indifférent, auréolé d’une perfection, d’une application et d’un plaisir qui s’entendent sans pour autant qu’on ait l’impression d’avoir affaire ici à une performance indigeste d’école de musique

Mais face à la convaincante diversité de ce « Joke Box », il ressort nettement la volonté du groupe d’évoluer dans un rock libéré de toute contrainte. Ainsi, le jazz, le blues, le krautrock sont aussi de la partie, toujours avec une approche singulière qui élève toujours un peu plus Zëro au-dessus des conventions (le bruyant et habité « Drag Queen Blues », le psychédélique et fascinant « Luna Park », et l’excellentissime « Automodown/Spacegirl Blues » de Devo brillamment repris ici). De quoi permettre à cet opus de fuir un manque de cohésion qui, sans cette maîtrise et aux vues de titres aussi différents les uns des autres (comme lorsqu’on passe de l’acoustique « Crosby And Garfunkel » au tendu et électrique « Pride Of The Kids »), n’aurait pas manqué de froisser

Zëro survole, surclasse et surprend. Aussi imprévisible qu’infiniment inspiré, il ouvre grand les portes de son monde quelque peu habité, nous faisant nous attendre à tout sauf au n’importe quoi. Voilà le seul point commun qu’il puisse y avoir avec le Bastard d’il y a dix ans, dont le souvenir reste indélébile mais dont la nostalgie s’effrite avec le temps et une si belle descendance

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