Zenzile – « Electric Soul »

zen180Album
(Yotanka)
24/09/2012
Dub

C’est par lui que tout a débuté, à Angers que la déferlante du dub hexagonal a pris sa source. Du haut de ses quinze ans de carrière, Zenzile est devenu fort justement au fil des ans, album après album, un monument de la musique française, un groupe auréolé de ce petit quelque chose de sacré auquel on adhère bruyamment quand on n’y reste pas silencieusement indifférent: un véritable privilège pour un combo qui n’a jamais rechigné à prendre des risques pour faire évoluer sa musique, que ce soit en s’offrant des voix (Sir Jean, Jamika…) ou en allant arpenter des terrains nouveaux (« Living In Monochrome« ).

En faisant du neuf avec du vieux, en sortant de sa poche une nouvelle combinaison d’éléments auxquels il a déjà eu recours, Zenzile ne déroge pas à la règle alors que sort un « Electric Soul » à la carapace plutôt coriace. Et pour cause, ce huitième album a la mauvaise idée de ne dévoiler son charme qu’une fois passés trois premiers morceaux presque rédhibitoires (« Scars », « No Idol », « Mind Control ») tant on l’y entend user de ficelles aussi stéréotypées que prévisibles: une couleur reggae définitivement archaïque de nos jours quand elle ne s’accompagne pas d’un charme roots, et la voix de Jamika qu’une poignée de vieux fans – dont nous – considère comme un tournant souvent regrettable dans la discographie du groupe. Même le chant du nouveau venu Jay-Ree n’y peut rien.

C’est donc une fois passée cette douloureuse entame, qui n’ira sans doute pas sans pots cassés, que les angevins redoublent soudainement d’efforts pour inverser la tendance et rendre totalement captivant ce qui était loin de l’être jusque là. Alors, bien aidé par le refrain popisant de Jay Ree, Zenzile livre à Jamika un « Stay » assez profond et mélancolique pour qu’elle préfère le chant au spoken word. Au delà, le groupe a le bon goût de ne jamais délaisser la puissance de son groove au profit de la voix (« Yuri’s Porthole », « Chewin’ Mi Mic »), parvient avec subtilité à pousser Winston McAnuff dans ses confins soul plutôt que reggae (« Magic Number »), sans manquer aussi de souligner le temps d’un seul et même morceau toute la richesse et la variété de sa musique (« Over/Time »), comme l’émotion dont elle est capable (« Man Made Machine »).

Après s’être particulièrement mal embarqué, « Electric Soul » laisse finalement sur le constat rassurant que Zenzile n’a manifestement pas encore dévoilé tous ses secrets. Sans cesse, les angevins avancent, ratissent, approfondissent, et innovent, tout en parvenant à garder intact le coeur de leur oeuvre: la puissance d’un groove qui mériterait amplement d’être mis en valeur ici par une version instrumentale de l’album. Non seulement elle promettrait à tous d’y trouver son compte, mais elle se justifierait aussi plus que jamais à l’heure ou le groupe signe pour la première fois un opus intégralement chanté.

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