Zap Mama – « Supermoon »

Supermoon[Album]
22/10/2007
(Heads Up International/Universal Jazz)

Si Zap Mama était à ses débuts un combo formé de cinq voix d’or féminines, ce nom fait aujourd’hui référence à un seul et même talent, celui de Marie Daulne, belge originaire de la République Démocratique du Congo et fondatrice du groupe en 1990. Néanmoins, si elle poursuit sa route seule depuis quelques années, la chanteuse a perpétué l’objectif originel de la formation, poursuivant une expérience musicale fondée sur le métissage des cultures, et sillonnant encore et toujours les chemins du monde pour y puiser sa créativité débordante

Car la clé du talent de Zap Mama réside sans conteste dans sa capacité à faire évoluer son style à chaque nouvel album, produisant un son aventurier et audacieux, qui, jusqu’à présent, ne nous a jamais déçus. « Ancestry In Progress », sorti en 2004, sonnait déjà comme une consécration de carrière, dévoilant une soul dynamique et voluptueuse, fruit des nombreuses collaborations de Marie Daulne avec Common, Talib Kweli, Erykah Badu, Bilal, The Roots et d’autres étoiles du genre… Autant dire donc qu’après cet album-phare, on se demande quelles nouvelles surprises peut bien nous réserver ce dernier « Supermoon »..

Présenté comme un voyage intérieur visant à exprimer une part d’intimité, cet opus regorge d’émotions et d’explorations innovantes. Une chose est sûre, la diva est allée chercher « Supermoon » au fond d’elle-même, n’oubliant pas de s’entourer pour ce faire de musiciens et d’artistes de renom comme Meshell Ndegeocello, Michael Franti, Bashiri Johnson et bien d’autres. Elle rencontre ainsi le batteur Tony Allen dans « 1000 Ways », titre d’ouverture ultra vitaminé, aux accents afro-beat jazzy revigorants. Cette énergie communicative, très proche de la puissance d' »Ancestry In Progress », se retrouve également dans le divin « Affection », véritable joyau au groove subtil et positif

Mais Zap Mama, une fois de plus, ne se limite pas à jouer la carte de la continuité. Dans « Supermoon », la Belge réalise un grand écart entre des ballades pop-soul apaisantes (« Supermoon », dénonçant la superficialité des superstars médiatiques, ou le plus classique « Where Are You ? ») et des rythmiques africaines enflammées, à l’instar de l’éclectique « Toma Taboo » (qui signifie en congolais « sentir la musique ») en featuring avec le chanteur Arno (!), ou du jovial et chaleureux « Gati ». Nos morceaux préférés restent néanmoins les plus mystiques, ceux dans lesquels la voix sidérante de Marie Daulne s’envole vers des univers mystérieux et cosmiques, parfois proches de ceux de Björk, comme en témoignent les aériens « Go Boy » et « Moonray ». L’album se clôt sur un instant magique avec le quasi religieux « Princess Kesia » (dédié à la fille de Marie), dans lequel Zap Mama rencontre les choeurs du théâtre de la Monnaie de Bruxelles pour un résultat littéralement bluffant..

Vous l’aurez compris, « Supermoon » est un délice en son genre et prouve qu’après dix-sept ans de carrière, Marie Daulne sait encore trouver les ressources pour régénérer son talent. Certains reprocheront peut-être à ce nouvel opus son caractère trop personnel et énigmatique, d’autres pourront regretter qu’il ne contienne aucun featuring soul hip-hop à l’instar du « Yelling Away » d' »Ancestry In Progress » (feat. Common, Talib Kweli et « ?uestlove »), mais personne ne pourra réellement remettre en cause la force de cet album, tirée justement du partage de sentiments intimes et offrant généreusement un beau moment de féerie

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