Zach Hill – « Face Tat »

zach180Album
(Sargent House)
19/10/2010

Zach Hill est un homme occupé: quand il ne tourne pas avec Hella, il s’invite sur les albums de ses potes, qu’ils soient Goon Moon, Wavves, El Grupo Nuevo ou Marnie Stern. Un agenda compliqué, digne de celui de Mike Patton, qui ne l’empêche pas pour autant d’enregistrer ses disques solos. La preuve, deux ans après « Astrological Straits » qui avait provoqué autant de surprises que d’indigestions, le batteur revient avec « Face Tat », au sein duquel nous retrouvons d’autres facétieux comparses, comme Prefuse 73, No Age, Greg Saunier de Deerhoof ou encore Devandra Banhart. A l’instar du casting, le contenu de cet opus ne laissera personne indifférent tant, fidèle à ses habitudes, Zach Hill se fait un plaisir de ne rien livrer de facile.

Dès le premier titre, l’impression d’un chaos imminent nous submerge. A la différence de « Astrological Straits », l’exercice de style de « Face Tat » n’a pas vocation à démontrer pompeusement le génie de son concepteur, mais de prouver qu’un album de pop peut être joyeusement inaudible. Cet album est un gros bordel organisé, bourré d’énergie triviale, de larsens jubilatoires et, aussi variées  que soient les compos de l’énergumène, l’ensemble reste parfaitement homogène. D’un point de vue technique, « Face Tat » parvient à un tel degré de complexité qu’il serait absurde de se laisser aller à lui coller une quelconque étiquette. Chaque morceau contient sa part de bouillie sonore, de tourneries destructurées, et de textures électroniques volontairement sacrifiées. A l’ère de l’autotune dominant, Zach Hill se sert aussi des voix comme instrument à part entière. Parfois samplées, souvent sous-mixées, elles se prêtent à merveille au concept de l’album. Pour les plus réticents, nous rappellerons que le beau temps vient après la tempête, et que des titres comme « Burner In The Video » ou l’excellent « Dizzy From The Twins » laissent place à quelques mélodies, certes toujours secouées par les nombreuses saccades.

Au final, Zach Hill laisse simplement libre cours à ses désirs et reste probablement l’un des seuls à encore oser faire du rock avec des plans drum & bass, à intégrer du hardcore à de l’électronica, à lâcher des plans shoegaze ou simplement de la noise la plus bruitiste sans souffrir d’aucun complexe. Nul doute que cet album laissera beaucoup de monde au bord de la route, mais les quelques auditeurs téméraires, prêts pour un road-trip des plus sauvages, ne devraient pas le regretter. « Face Tat » redéfinit l’inaudible et on se dit qu’à ce rythme-là, Zach Hill pourrait même nous vendre son vomi avec succès.

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itunes31

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