Yann Tiersen – « Dust Lane »

tiers180Album
(Mute/Anti)
08/10/2010
Post folk

Il y a toujours un revers à la médaille. Avoir son nom éternellement lié à une oeuvre peut en être un. Yann Tiersen pourrait en parler, lui qui sera toujours associé à la bande-originale d’Amélie Poulain, dont le  succès énorme auprès du grand public fit probablement oublier que la musique du compositeur n’avait pas forcement vocation à rassembler les foules. « Dust Lane », concrétisation d’un projet présenté cet été à La Route du Rock avec seize musiciens sur scène, le prouvera aisément. En effet, fruit de sa collaboration avec Syd Matters et Matt Eliott, ce nouvel album voit les choses en grand, allant jusqu’à convoquer l’onirisme des Tunng, Animal Collective ou encore Arcade Fire.

Placé sous le signe de la mélancolie (Tiersen a récemment connu de tragiques évènements), « Dust Lane » n’en est pas moins coloré, signe même une ode à la vie sans en abstraire la part sombre. Ainsi, la route de ce disque est pavée d’envolées lyriques bâtissant sur huit morceaux les fondations d’un album automnal, la transition perpétuelle du vivant au morbide. Il devient de fait un véritable opus hybride, entre le classicisme des choeurs et des harmonies vocales et les expérimentations bruitistes, trouvant probablement leur source dans les récents travaux du Breton avec Marc Sens puis Orka. Complexe, cet opus semble sans cesse en phase de déconstruction, chaque nouveau morceau s’efforce de faire table rase des repères établis par le précédent, comme si la Simca présente sur l’artwork se faisait une joie de perdre son chemin, de revenir en arrière pour reprendre le carrefour et mieux repartir de l’avant.

En flirant avec le post rock de Mogwaï, avec Thee Silver Mt Zion ou les expérimentations folk de Sigur Ros, Tiersen profite donc de cette nouvelle oeuvre pour, malgré sa brieveté, synthétiser tous ses précédents projets. Ainsi, en épurant au maximum cet album majestueux, souvent chaotique, toujours trouble, et parfois gai, le Français a réalisé le disque le plus dense possible, un disque à part qui devrait prendre à contre-pied les fidèles du compositeur, surprendre agréablement les néophytes pour que finalement, tout le monde puisse y trouver son compte. Nous en rêvions, il l’a donc fait, Tiersen a définitivement enterré Amélie Poulain.

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