Wu Tang Clan – « 8 Diagrams »

8 Diagrams[Album]
10/12/2007
(Bodog/Pias)

Après avoir tant marqué les années 90, le Wu-Tang sera t-il capable d’en faire autant en ce nouveau siècle? Depuis cette heure de gloire, ce sont surtout les albums solos de certains de ses membres qui auront le plus attiré l’attention. Mais la rumeur enflait qu’un nouvel opus était en préparation, et que le groupe originel se retrouverait au complet autour de Rza, comme au bon vieux temps, afin de réaffirmer sa présence, mais surtout de retrouver le haut du tableau de ce « rap-game » toujours plus versatile et compétitif. En reprenant, comme lors de son premier essai, le titre d’un film des Shaw Brothers (en l’occurrence « The 8 Diagrams » avec Gordon Liu) dans lequel on peut y voir un clin d’oeil (le groupe ne comprend plus que huit membres depuis la disparition d’ODB), le Wu Tang marque clairement une volonté de revenir sur les traces de son succès, plus fidèle à l’image de ses débuts

En regroupant le noyau dur du Wu, Rza a mis les petits plats dans les grands. Et reconnaissons l’ampleur du challenge. Car chacun de leur côté, ils ont quasiment tous réussi à s’imposer, avec leur propre style, leur propre vision du rap. Les réunir aujourd’hui ne fut donc pas chose facile, surtout lorsqu’on connaît la très forte personnalité de certains. A commencer par le propre cousin de Rza, Genius, le plus âgé d’ailleurs, qui ne s’est pas privé de critiquer certains choix musicaux, trop expérimentaux selon lui. Mais malgré ces quelques désaccords, il aura répondu présent, tout comme Method Man, Ghostface Killah, Raekwon, U-God, Masta Killa et Inspectah Deck, pour accoucher d’un des évènements de cette fin d’année

Voulant redonner toutes ses couleurs au blason du Clan, quelle meilleure façon que de commencer par ce qui sera toujours la marque de fabrique de Rza, à savoir une version lourde, sombre, emplie de voix aux accents « sudistes », renouant avec l’ambiance du « ‘Tical » de Method Man. C’est d’ailleurs ce dernier qui monte le premier au front, plus déterminé que jamais. Au point qu’il sera le grand monsieur de cet opus, son talent brillant de mille feux comme sur « Get Them Out Ya Way Pa », où on retrouve quelques touches asiatiques, autre spécialité de Rza devenu avec le temps un véritable musicien, plus qu’un simple producteur hip hop. Pas étonnant donc de le voir reprendre un titre composé par George Harrison, et d’y imposer un accent hip hop sur « The Heart Gently Weeps » (feat Erykah Badu, Dhanni Harrison et John Frusciante), un des meilleurs moment de cet album

On retrouve généralement un style plus proche de ce que les New Yorkais proposaient au début de ce millénaire, notamment sur « Wolves » (en compagnie de George Clinton) et « Gun Will Go » qui pourrait être un des titres phares, s’il n’y avait ce refrain innoportun de Sunny Valentine. « Stick Me For My Riches » possède lui aussi une touche un peu mainstream, mais passe plus facilement grâce à Method et Gza, faisant état de leur statut de cible en raison de leur réussite et de leur fortune (Sic). Pour ceux qui ont apprécié le travail musical sur Kill Bill, on ne pourra que leur conseiller d’écouter « Windmill », qui donne toute la mesure de l’évolution musicale de Rza, subtile et surtout plus mélodique. « Life Changes » réunit tout le crew pour ce qui parait être un bilan, avec un accent que l’on sent nostalgique, digne de figurer parmi les réussites de cet opus, avant qu’un « 16th Chambers », vieux freestyle où on retrouve O.D.B, vienne conclure avec maestria cette réunification gagnante

Même si on sent les membres du Wu moins enragés qu’à leurs débuts, il faut reconnaître qu’ils n’ont rien perdu de leurs qualités de Mcs, et que, leur approche musicale s’étant étoffée, ils sont toujours autant capables de s’essayer à des genres qui rebuteraient n’importe quel apprenti rappeur élevé à la sauce MTV. C’est d’ailleurs ce qui fait du Wu un groupe à part, collaborant sans gêne avec des artistes éloignés de leur style de prédilection, tout en gardant sa légitimité. Ce n’est certes pas le Wu Tang Clan du « Enter The 36 Chambers » mais, à la manière du héros de ce film, il a su s’adapter afin de passer au mieux les difficultés qui se présenteraient sur son parcours. Comme quoi, tout était déjà écrit

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