Woodkid – « The Golden Age »

wood180Album
(Green United Music)
18/03/2013
Grande Pop Contemporaine

Woodkid joue un jeu dangereux. Porté par un enthousiasme que la France n’avait plus connu depuis un bail, Yoann Lemoine est pris aujourd’hui dans un tourbillon médiatique qui l’a fait passer du statut de révélation inattendue à celui de petit génie, de réalisateur de clip discret mais reconnu aux pages des magazines people, d’un maxi salué par la critique aux synchros pub et reprise de son single sur le plateau d’une télé crochet. Certainement trop occupé à aiguiser son perfectionnisme en soignant l’imagerie qui l’entoure, en réalisant ses propres clips, et en préparant son premier album, le jeune homme n’avait peut être pas envisagé ce destin que les esthètes de la musique ne se priveront assurément pas de mettre en pièces. Ceux-là, comme beaucoup d’autres, ne s’étaient d’ailleurs pas retenus pour tomber à bras raccourcis sur Lana Del Rey, elle aussi issue du petit cercle des ovnis musicaux grand public qui permettent aux consommateurs de musique peu exigeants de briller en société sans avoir à trop creuser. Mais s’ils ont réussi à détruire la blonde pulpeuse, le jeune barbu possède infiniment plus d’arguments pour sa défense.

Peut-on donc vraiment détester Woodkid? En toute bonne foi, impossible, et « The Golden Age » le prouve jusque dans ses moindres recoins. Sur la lancée de « Run Boy Run », « Iron » et « I Love You », entre arrangements grandiloquents, orchestrations puissantes, mélodies sombres et efficaces, ce premier album dessine un univers clair-obscur d’une classe incontestable qui – s’il se montre souvent prévisible en raison du recours récurrents aux cuivres, cordes et percussions – excelle dans la variété des ambiances, des rythmes, des intensités et des émotions. Ainsi, le compositeur offre grandeur et profondeur cinématographique (« The Great Escape », « Ghost Lights »), force et intensité (le flippant « Stabat Matter »), mais laisse aussi parler un héritage plus folk sur de magnifiques ballades (« Boat Song », « Where I Live ») pour finir de parfaitement équilibrer une oeuvre d’une justesse effarante, finalement à la hauteur des attentes. S’il est venu à la musique par hasard et sans prétention, Woodkid pourrait donc bien y rester longtemps, premier ambassadeur qu’il est désormais d’une Grande Musique Contemporaine.

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7 réponses à Woodkid – « The Golden Age »

  1. Sceptique 20 mars 2013 à 21 h 21 min #

    Désolé de casser l’ambiance médiatico-hypesque.
    J’avais beaucoup apprécié le EP Iron. Et je m’attendais à prendre une claque en écoutant l’album. Mais j’ai ressenti un étrange malaise. Celui d’être embarqué dans une marche militaire interminable. Arrivé à \Love\, je croyais avoir un moment de répit. Mais encore que de marche militaire et d’ensembles de cuivres grandiloquents. Quel intérêt de faire jouer des ensembles de cuivres ou de cordes si cela ne permet de jouer avec les harmonies. Ces ensembles ne sont que des cache misère…Heureusement que le bonhomme a une tête sympa, ce qui fait qu’il est compliqué de lui en vouloir.
    Pour ce qui concerne l’album qu’il qualifie \d’ambitieux\, j’y substituerais le terme \prétentieux\.
    Quant à la \Grande Musique Contemporaine\, désolé, mais Woodkid me donne l’impression d’être ce que Zara est à la Haute Couture.
    Ouais, je vais faire mes ennemis dans les dîners mondains, je sais. Les années nous diront ce qu’il restera dans 10 ans du Woodkid musicien…
    Je propose à tous les fans de Woodkid de passer un jour écouter un \vrai\ grand orchestre…S’ils ont réussi à vibrer et frémir avec Woodkid, je ne suis pas certain qu’ils supportent le choc émotionnel…

    • blaise 21 mars 2013 à 15 h 23 min #

      Même histoire pour moi, j’avais beaucoup, mais beaucoup apprécié le EP, avec notamment les ballades bien arrangées, et une utilisation des cuivres très intéressante . On se retrouve ici quand même un peu dans du sous Wagner de péplum, l’utilisation des orchestres de Paris et de l’opéra rajoutant pour moi à la grandiloquence de l’oeuvre. Souhaitons lui bonne chance pareil 🙂

  2. Mr Dobalina 22 mars 2013 à 21 h 21 min #

    Bah c’est pas du Offenbach c’est juste de la pop grandiloquente faite avec une orchestration symphonique. Pas de quoi crier au scandale ni au génie, les arrangements sont subtils et la thématique rondement menée. Quant à la hype autant dire qu’elle est venue se greffer au truc alors que lui même ne s’attendait pas à un si gros succès de son premier EP. Au final je pense que c’est un opus qui gagne à être interprété sur scène avec tout le savoir faire visuel du Kid. Là l’album prendrait sa véritable dimension. Hey ce n’est pas André Rieu^^

  3. Limma Recha 26 mars 2013 à 10 h 55 min #

    Idem, j’avais beaucoup aime le EP \Iron\ , mais je trouve cet album lisse et insipide, à tel point que j’ai eu du mal à aller au jusqu’au bout. A trop vouloir en faire il gomme tout relief et gâche probablement de bons morceaux qui gagneraient a être épurés.
    Alors non c’est pas André Rieux, mais ça m’excite pas beaucoup plus quand même….

  4. Rubenwashere 27 mars 2013 à 5 h 51 min #

    J’aime les albums « monotones » ou ayant une cohérence d’ensemble si vous préférez..Mais là ça manque terriblement de nuances et c’est dommage parce qu’avec les ballades du EP, on avait le contrepoids à la grandiloquence jouissive de « Iron ».J’adore la voix.(Les cuivres utilisés par Bjork ça donne Volta, un album avec quelques déchets mais plus sensible….Et puis Naphtaline d’Ez3kiel, une vrai claque.) Sceptique s’interroge sur ce qui restera de Woodkid dans dix ans et c’est vraiment une bonne question, précisément parce qu’une fois que les hipsters passeront de lui à une autre coqueluche médiatique, cet album sera t-il réécouter par les mélomanes dans 5, 10, 15 ans? Difficile de le savoir par avance.

  5. Brice 21 avril 2014 à 16 h 34 min #

    Pas trop d’accord avec ce qui est dit au dessus. Enfin, pas tout à fait.

    J’avais également beaucoup aimé l’EP, et à la 1ère écoute de Golden Age, j’ai été moins enthousiaste, c’est vrai. Mais Après 2 écoutes complètes, tout est revenu: les images, l’univers, le gigantisme, etc. Je me le suis passé en boule pendant 3 semaines, et me le repasse régulièrement depuis.

    Pour ceux qui comme moi adorent l’univers, j’ai découvert les tableaux dessinés par des dessinateurs qui se sont inspirés de l’album. Mon préféré: http://www.label-gum.com/collections/woodkid/products/woodkid-art-print-15

  6. Joachim 20 avril 2015 à 17 h 21 min #

    Résultat : le mec arrête la musique !!!!

    Il n’aura pas fallu longtemps (moins de deux ans) pour que la réponse à la question arrive (qu’en restera-t-il dans 10 ans? ) – Déjà qu’aujourd’hui, ce n’est rien. Ahahaah !! M’enfin, au moins le gars aura compris que 3 notes jouées en mm tps, c’est un accord!!!

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