Wilco – ‘Schmilco’

Album / Dbpm / 09.09.2016
Indie dad folk

Les personnages dessinés par Joan Cornellà affichent souvent un sourire vide et ne semblent pas ressentir la douleur. Dérangeant par son côté trash, absurde et faussement naïf, l’univers de cet artiste espagnol est teinté de douce mélancolie et de violence sourde. Sur l’illustration choisie par Wilco pour la pochette de son dixième album, un père se transforme en rallonge électrique humaine afin de permettre à sa fille d’écouter la musique. Jeff Tweedy, l’âme torturée du groupe, y aura sans doute vu une métaphore douce-amère de sa vie de musicien, ayant de plus lui même enregistré un disque avec son fils (Tweedy, 2014).

Ce nouvel album, intitulé ‘Schmilco’ en référence au Nilsson Schmilsson d’Harry Wilson (1971), est composé de douze chansons acoustiques sur une base guitare voix, aux arrangements souvent discrets mais inspirés, avec une mention spéciale aux batteries du génial Glenn Kotche, plus inventif que jamais. Exit les virtuosités guitaristiques de Nils Cline et les passages héroïques récurrents dans leurs albums précédents, ce disque fait plutôt profil bas, malgré quelques morceaux enjoués (‘Someone To Lose’).

En coupant l’électricité de sa palette de son, Wilco trouve parfois certaines références jusqu’ici peu entendues chez eux : ‘Shrug and Destroy’ sonne comme un morceau écrit par Elliott Smith, ‘Cry All Day’ rappelle le Velvet du troisième album. C’est d’ailleurs l’un des rares morceaux à franchir le cap des trois minutes, l’ensemble des chansons étant taillé pour aller à l’essentiel. ‘Locator’ et sa basse élastique ou le sombre ‘Common Sense’, les plus tordus du disque, contrastent avec ‘If I Ever Was a Child’, très classique, dans la lignée country folk teinté de pedal steel souvent entendu dans leur répertoire.

Tweedy y chante avec douceur les petits travers du quotidien, les contradictions assumées et relations familiales frustrantes, la jeunesse qui s’éloigne, avec un songwritting toujours brillant et reconnaissable, et surtout une voix terriblement touchante. L’ensemble est décrit par son auteur comme joyeusement négatif, résumé par cette phrase a la fin de ‘Happiness’ : ‘So sad and smiling, happiness depends on who you blame‘.

S’il peut paraître un peu rêche et dépouillé au premier abord, cet album se dévoile au fil des écoutes et certains moments finissent même par aller droit au coeur (le refrain de ‘We Aren’t the World’). La finesse et l’inventivité des arrangements y sont une vraie valeure ajoutée donnant à ce disque une richesse surprenante. Avec ‘Schmilco’, faisant suite au décevant fourre tout ‘Star Wars‘, Wilco livre son disque le plus convaincant depuis le magnifique ‘Sky Blue Sky’ (2007).

‘Cry All Day’, ‘We Aren’t The World’, ‘Just Say Goodbye’

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